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Courrier des lecteurs

En réponse au nombre croissant de courriers que vous nous adressez chaque semaine, Critikat a décidé d’ouvrir ce nouvel espace.
Encouragements, remarques, critiques... cette correspondance, souvent argumentée, parfois violente, mais toujours prise en compte, doit trouver sa place sur le site.

Peu convaincus par le "tout participatif" qu’ont développé les blogs sur Internet, nous préférons sélectionner chaque semaine, parmi vos courriers, ceux qui nous ont le plus interpellés et ont suscité les échanges les plus fructueux.

Nous vous invitons donc à continuer de nous faire part de vos suggestions et de partager ce regard critique que, chaque semaine, vous portez sur les textes que nous vous proposons.

Clément Graminiès, rédacteur en chef de Critikat.com.



Intouchables - Intouchable ? - le 19 février

Bonjour,

tout d’abord, félicitations pour vos nombreux dossiers et analyses, et pour la passion que vous y mettez. Je fréquente le site depuis peu de temps, et il n’y a pas un article que je n’aie pas eu plaisir à lire. Étant un peu fatigué de certains blogs où chacun se permet de dire ce qu’il veut, parfois au détriment des films ou des auteurs concernés, votre site fait vraiment plaisir à voir, continuez comme ça !

Je voudrais revenir sur un film qui a visiblement énervé l’un de vos rédacteurs : Intouchables. Hop, le titre est lâché, les chiffres apparaissent déjà, chacun a son idée sur le film (préconçue ou post-projection), et les questions soulevées sont peu ou prou les mêmes que pour les autres champions du box-office : populisme ou bon cinéma grand public ? Arnaque creuse ou vraie révolution ? Coup marketing ou coup de génie ? Avatar en avait fait les frais, Bienvenue chez les Ch’tis aussi... Peu importe le sujet, la nationalité : l’engouement général énerve forcément quelqu’un. Ce qui me rassure, c’est que le lynchage opéré par votre rédacteur n’a rien à voir avec le succès du film. C’est donc d’un mauvais film dont il parle, pas d’un « mauvais succès ». Ayant vu le film début janvier, alors que son ascension était déjà bien entamée, j’ai eu peur de me retrouver très exactement devant ce que j’ai pu lire dans l’article. Mais scène après scène, j’ai dû me faire une raison : si je tombais un jour sur une critique négative, pas moyen de jouer au cinéphile malin et de me ranger dans la même opération de « rejet » dont j’avais fait preuve face à l’affreux Bienvenue chez les Ch’tis. Oui, j’ai vraiment aimé Intouchables, et les chiffres n’ont rien à y voir.

Raison simple à cela : j’y ai trouvé l’exact inverse de ce qui m’avait révulsé dans le film de Dany Boon. Le choc des contraires, ici, ne se résume pas à un bête argument régionaliste, mais effectivement à la description de rapports humains. Là où je trouve votre critique injuste, c’est que vous faites quelque part un faux-procès un film. La manière, très brève, dont il dépeint la cité où vit le personnage d’Omar Sy n’a, je trouve, rien à voir avec une vague caution ou justification : auriez-vous souhaité quelque chose de plus sombre, peut-être ? Quel intérêt ici ? C’eut été prétentieux je trouve, ce que les films de Toledano et Nakache ont souvent su éviter. La comparaison avec le film de Boon tourne à ce point en faveur d’Intouchables que la comédie boursouflée du premier riait de ses personnages, à leurs dépens, prétendant faire la nique à des clichés que le film exploite honteusement. Intouchables, non content d’être très bien réalisé (la scène d’ouverture écrase à elle seule tout le film de Boon), propose un choc de caractères vraiment chaleureux. Et là où le film évite le misérabilisme ou la guimauve inutile en abordant le handicap du « héros », vous le résumez à un « droit suspect à rire de lui » ? Toledano et Nakache ont assurément une vision de metteur scène, sans quoi un tel sujet leur aurait complètement échappé.

Alors non, Intouchables n’est pas un grand film, si ce n’est dans ses meilleurs moments, et ce dans une catégorie dont il ne cherche jamais à s’extraire : la comédie populaire, où le plaisir (ou déplaisir !) immédiat prime avant tout. À ceci près que ses gags fonctionnent, que ses personnages existent et que le tout est emballé avec soin. Et voir que le film qui risque de détrôner Bienvenue chez les Ch’tis forme à bien des égards son antidote m’a fait un bien fou ! Sur ce, je m’en vais revoir les sublimes Avalon ou Le Nouveau Monde, histoire d’oublier que je me suis bien fait avoir par cette « façade racoleuse d’émotions creuses et de considérations sociales en toc ».

Cordialement,

Totoro


Bonjour,

D’abord, veuillez me pardonner pour mon temps de réponse, et merci pour l’intérêt que vous portez à notre humble site ! Intérêt suffisant, visiblement, pour vous inciter à développer des objections argumentées qui font, il faut l’avouer, bien plaisir à lire, s’agissant d’un « film-phénomène » qui a tendance à susciter des réactions passionnées et peu propices au débat.

Ceci étant dit, je ne crois pas que la meilleure défense d’Intouchables soit de le comparer à un objet comme Bienvenue chez les Ch’tis qui, nous nous rejoignons sur ce point, bat des records de profondeur en termes de sens comique, de vision du monde et accessoirement de mise en scène. Évidemment que Toledano et Nakache sont de meilleurs techniciens (ou en tout cas ont de meilleurs techniciens) que Dany Boon, de quoi réaliser une scène d’ouverture en « flash-forward » efficace. Bien sûr que l’humour a de la marge pour être moins consternant que l’abus d’accent ch’ti. Il n’empêche que cette référence-plancher mise à part, ce que propose Intouchables ne me semble pas voler bien haut.

Le personnage de Driss joué par Omar Sy résume selon moi le premier problème du film (attention, je ne dis pas qu’il est le problème). Un mot sur ce que vous appelez mon « faux procès ». Ce n’est pas que ses passages dans sa cité soient plus ou moins sombres qu’ils devraient être, qu’ils s’écartent d’une idée que j’aurais du réalisme. Bien au contraire. Dans ces quelques scènes au bout du compte anecdotiques – une toile de fond pour alimenter le rapprochement entre les protagonistes – il y a un effort pour « faire réaliste » (caméra à l’épaule, tournage en extérieur) qui me semble créer un paradoxe gênant chez le personnage de Driss. On veut le rendre crédible en lui donnant un arrière-plan de galérien de banlieue ; or dans une scène qui les précède (la première du film), sa rencontre avec Philippe (François Cluzet) l’a montré sous la facette qui s’imposera à la longue : celle du bouffon de service, pas vraiment un personnage représentatif d’une certaine vision de l’humain, mais un à qui on va donner les meilleures vannes pour titiller l’aristo et mettre les rieurs de son côté. Driss constitue ainsi un mélange que je trouve assez maladroit et qui reflète la position de compromis d’Intouchables, juxtaposant sommairement les registres du rire et de l’émotion, chacun à sa place.

Et on en arrive à ce qui me gêne véritablement dans ce film, au point que je cherche à comprendre comment cela n’en a pas gêné plus d’autres : son humour comme son émotion reposent au mieux sur des éléments dérisoires, au pire sur des partis pris limites. Le film manipule deux enjeux : le rapport de classes et la relation au handicap. Sur le premier point, l’histoire vraie dont Intouchables est tiré fournit un prétexte adéquat pour ne pas rendre la question trop « raccord » avec l’actualité socio-politique, l’aristocrate à particule étant devenu l’archétype le plus ancien et le moins actuel du nanti éloigné du peuple. Le rapport de classes n’est ici que pure convention pour un humour que je trouve paresseux. De fait, il est presque exclusivement ramené à un choc culturel exploité à l’envi via des clichés éculés : l’un écoute Vivaldi et l’autre Earth Wind and Fire, l’un écrit des lettres d’amour courtois tandis que l’autre dégaine le langage de la rue, l’un s’impose des règles de vie que l’autre ignore superbement, etc. Au bout de l’énième sketch rabâchant que les deux hommes ne vivent pas dans la même sphère, je me dis que ça tourne un peu en rond... Il y a une forme de mépris un peu douteux dans la façon de tourner en ridicule un pan de culture, représentant « l’art contemporain » sous la forme d’un ouvrage abscons (encore un cliché) dont Philippe s’éprend, s’attirant les moqueries de Driss avant que celui-ci ne prouve au monde qu’après tout, il peut faire pareil...

Concernant la relation au handicap, c’est plus tendu. On peut tout à fait comprendre que les auteurs n’aient pas souhaité verser dans un pathos digne des pires téléfilms US. Mais la désinvolture qu’ils choisissent comme antidote, qui consiste essentiellement à laisser Philippe se faire manipuler physiquement par Driss, n’est pas sans poser problème et soulever des questions sur la sincérité de leur relation à leurs personnages. En particulier, je trouve sacrément gênante la scène où Driss verse de l’eau bouillante sur la jambe insensible de Philippe. Car enfin, on a beau avoir compris que le premier est bien enclin à la « déconne », le fait de voir quiconque agir ainsi sans se poser de questions a de quoi interpeller ! Parce qu’elle implique que soit Driss considère le corps de Philippe – ou du moins sa jambe – comme un pur objet inaltérable, soit il y trouve le prétexte à exercer un acte de violence sur la chair qui, il en est sûr, n’en portera aucune trace (ce qui revient à exercer une pulsion de violence sans risque). Dans l’un et l’autre cas, le manque de regard des réalisateurs sur cette scène un peu extrême laisse songeur. Et d’une manière générale, il me semble que tout le comique autour du handicap de Philippe (l’eau bouillante, les jeux dans la neige, la masturbation des oreilles, etc.) ne fonctionne qu’en faisant jouir du spectacle de ce corps manipulé, ballotté comme un objet dans tous les sens et qui n’en souffre pas un seul instant, voire qui aime ça. C’est cet appel aux pulsions sadiques du spectateur, au plaisir de voir un être humain chosifié et qui en redemande, que je continue à qualifier de « suspect », de limite.

Bien à vous,

Benoît Smith


Lire l’article de Benoît Smith : Intouchables



Et maintenant, on va où ? - Loin de la dimension humaine ? - le 28 septembre 2011

Vous est-il venu à l’esprit que ce film n’était pas là pour véhiculer des "messages politiques" en général, ni pour dénoncer l’intolérance religieuse comme autant de thématiques sorties du chapeau ? Pas une seule fois, vous ne semblez comprendre que ces sujets qui sont à vos yeux de vagues dissertations bien-pensantes sont la réalité de nombreux Libanais  ? Vous vivez bien loin de la guerre, mais parlez de ce film à des Libanais, voyez comme ils en sont ressortis bouleversés. Votre article reproche au film sa froideur, mais il est lui-même dénué de dimension humaine. Vous êtes passé totalement à côté de votre sujet.

(Anonyme)


Bonjour,

Il est toujours plus agréable d’avoir un message signé pour savoir à qui l’on s’adresse. À défaut, je répondrai donc à blablajack que je n’ai à aucun moment pointé la froideur de la cinéaste. Au contraire, je pense qu’un peu plus d’économie dans la démonstration, un peu moins d’effets tape-à-l’oeil même pas intéressants (ni pour défendre le propos humaniste dont vous parlez, ni d’un strict point de vue cinématographique) auraient certainement joué en faveur de "Maintenant, on va où ?" pour en faire un objet moins clinquant où la réalisatrice s’est, vous en conviendrez, donné le beau rôle. Si je peux tout à fait comprendre que l’affect nous amène parfois à faire preuve d’indulgence pour un film, je peux dans mon cas difficilement faire abstraction de l’opportunisme du film et de sa réalisatrice qui sait exactement quels sont les maux de son peuple pour mieux séduire son public. Je me permets juste de trouver ça profondément douteux.

Cordialement,

Clément Graminiès


Lire l’article de Clément Graminiès : Et maintenant, on va où ?



Et maintenant, on va où ? - Inaccessible - le 25 septembre 2011

Merci, Clément, pour votre article sur le film de Nadine Labaki,

Mais, il y a une force inouie, ainsi qu’ un vrai message, dans le film de Labaki, que vous avez malheureusement pas saisie et que vous ne pouvez pas laisser de côté. Personne na jamais ose critiquer la religion aussi ouvertement, ici chez nous. La critique existe, mais sous forme cérébrale, et très pompeuse. Ce film a au moins pu rendre cette critique accessible, car ce film, dans sa simplicité, s’adresse a tout le monde, couches sociales confondues. Certes, il s’agit de Beyrouth, l’un des pays arabes les plus ouvert et les plus rebelles, mais la religion, chrétienne comme musulmane, on n’y touche pas ! C’est sacré. C’est tabou. On s’en moque pas, on la singe pas. Jamais. Et, je vous l’accorde, c’en est presque insupportable. Si les jeunes Libanais chrétiens druzes ou musulmans vont voir ce film, ils réagiront autrement dans leur vie d’adulte, car ils auraient, pour une fois, une autre façon de voir les choses, et ça les fera réfléchir. Ce n’est pas qu’ils sont rustres ou trop machos, benêts ou idiots, les jeunes hommes ici on encore dans les oreilles les discours souvent xénophobes de leur pères ou de leurs mères, des discours de guerre civile toujours très mal digérée.

Quand on insulte leur Dieu ou même leur parti politique, ils oublient tout, la belle cravate qu’il porte, les 3 langues qu’ils parlent, c’est triste mais on la revu en 2008 comment dans une même confession, les hommes ont pu sortir leurs fusils. La partie de la population qui réagirait « peut être » autrement est composées de penseurs, journalistes (et encore) peut être aussi ceux qui ont quitté le Liban pendant la guerre, et qui ne l’on heureusement pas vécue, donc une petite élite, souvent beaucoup plus instruite et parlant le français mieux que l’arabe. Ce film parle à tout le monde, à tout le peuple, et ici on na pas sentie la caricature, c’est mal connaitre le Liban et les Libanais d’y voir une caricature. La haine est très présente chez nous tout comme l’amour d’ailleurs, la passion en fait. Et elle n’est jamais très bonne. Vous ne pouvez donc pas réellement comprendre puisque vous êtes dans un pays laïque et très moderne régis par des lois et non des passions.

Comprenez vous alors la portée de ce film ? De mettre enfin et une bonne fois pour toute la religion a part. de s’en moquer, de la rendre humaine, et non sacrée. Pour vous Français, il s’agit de petites tentatives, chez nous ici ça soulève des montagnes...

Bien à vous,

Gab


Bonjour,

Tout d’abord, je vous remercie de m’avoir adressé ce message et d’avoir pris le temps de développer vos arguments. Je les entends tout à fait et je peux tout à fait comprendre que le film réponde, d’une certaine manière, à des problématiques qui nous sont étrangères en France, ou du moins dans mon environnement proche. Je ne doute pas un seul instant que cela puisse provoquer un échos auprès des spectateurs libanais et, à ce titre, si le film suscite des débats ou réveille des consciences, on pourrait considérer que le pari de la réalisatrice serait réussi.

Seulement, je ne peux me situer de ce côté-là du film dans la mesure où, n’étant pas pris par des questions d’affects, je ne peux que poser un regard critiques sur les procédés employés par la cinéaste qui, vous en conviendrez, s’octroie le beau rôle dans le film : photo léchée, effets comiques un peu faciles, narration simplifiée. Je ne suis pas certain que la cinéaste ait eu la volonté d’embrasser la complexité des rapports religieux qui persistent au Liban mais qu’elle y a plutôt plaqué des recettes un peu faciles (et bien connues dans la comédie française) sur un sujet épineux, ce qui lui donne une caution, une garantie, pour la protéger de toute critique quant à ses intentions, forcément nobles. Pour ma part, j’émets beaucoup de réserves quant au film (que je trouve par ailleurs mauvais) et c’est ce que j’ai tenté d’expliquer dans mon article.

Bien cordialement,

Clément Graminiès


Lire l’article de Clément Graminiès : Et maintenant, on va où ?



The Tree of Life : film-poème contre film-roman ? - le 5 août 2011

Bonjour,

Je me permets tout d’abord de vous féliciter pour votre site, que je lis toujours avec intérêt et dont j’apprécie la qualité, la sincérité et l’indépendance des critiques, ainsi que de vous remercier pour l’énergie que vous y déployez pour proposer chaque mercredi une critique de (presque) tous les films sortis.

Ma question concerne tout d’abord vos méthodes de travail : est-ce que l’ensemble de la rédaction visionne les nouvelles sorties et que vous vous mettez d’accord par la suite sur un point de vue commun, que l’un des critiques est chargé de rédiger ? Vous arrive-t-il de visionner plusieurs fois un film pour vous en faire une idée ? De manière générale, je me pose la question de « l’historicité » de vos critiques (et de chaque critique d’ailleurs), qui sont écrites à un instant T de la « vie » du film et de vos vies personnelles. Ne vous arrive-t-il pas, en repensant à un film ou en le revoyant, de reconsidérer ce que vous avez pu en dire à l’instant de sa sortie ?

J’ai fait l’expérience de ce questionnement à l’occasion de la sortie de The Tree of Life, de Terrence Malick, film ô combien sujet à débats de nature cinématographique, esthétique ou idéologique (mais n’est-ce pas là tout l’intérêt du cinéma, de proposer des œuvres qui ne se sont pas immédiatement et intégralement intelligibles, et qui font naître des doutes et des questionnements en chacun ?). Je suis moi-même un très grand admirateur du cinéma de Malick et je partais donc avec un a priori très positif sur ce film (mais plus les espérances sont grandes, plus la déception peut l’être également). Lors du premier visionnage, j’ai été relativement décontenancé par l’aspect déconstruit et la fin très New Age du film (la réunion des générations et des vivants et des morts sur la plage après la traversée du désert de Sean Penn). Je me suis retrouvé dans une partie de la critique qu’en a fait Romain Genissel (bien que l’expression « trip sectaire » me semble exagérée).

Cependant, après un second puis un troisième visionnage du film, j’ai changé d’avis et je considère désormais ce film comme l’un des plus beaux qu’il m’ait été donné de voir. Il m’a semblé que, de la même manière qu’il existe un genre romanesque et un genre poétique en littérature, The Tree of Life entrait dans la catégorie des (trop rares) « films-poèmes » plutôt que celle des « films-romans » (c’est-à-dire la quasi totalité de la production cinématographique). Le film s’apparente en fait à une symphonie (ou à un requiem, comme le suggère le choix de Preisner et Berlioz), composés de plusieurs mouvements en apparence séparés (1. le deuil dans les années 70 et 2000 - 2. l’histoire de l’univers - 3. la famille des années 50 - 4. la fin du monde et la communion des êtres), mais qui forment en réalité une unité (de ce point de vue, nombreux sont les détails dans la troisième partie du film rappelant l’histoire de l’univers, les dinosaures...). D’un point de vue philosophique, il me semble voir dans ce film une illustration de l’unicité spinoziste du monde et du Deus sive natura, qui permet de relier les différents mouvements entre eux, jusqu’à la contemplation finale (le dieu chrétien est toujours celui du père, associé à l’exigence d’une american way of life que ce dernier ne parvient jamais à atteindre, tandis que le « dieu » de la mère est le dieu-monde contingent). Chez Spinoza, l’acceptation de la condition de la vie (qui oscille toujours entre l’absurde et le miracle, comme le suggère la scène des dinosaures) est la définition même de la liberté (« J’accepte de donner mon fils au monde, » dit la mère). Cette interprétation, toutefois, ne saurait être vérifiée auprès du réalisateur, qui refuse de discuter de ses films.

La vertu des grands films (comme des grandes œuvres d’art) est de ne jamais pouvoir être soumis à une interprétation péremptoire et définitive. Les grands films vivent encore des dizaines d’année après leur sortie parce qu’ils continuent d’interroger, ce qui oblige la critique, toujours « historique », à constamment se réinventer.

Cordialement,

François L.


Cher lecteur,

Avant tout, je tiens à vous remercier pour votre courrier et vos encouragements au sujet de l’activité critique de notre site. Celle-ci demande en effet une dépense de temps et un souci de qualité que notre intérêt pour le cinéma rend, nous le pensons, finalement opérant.

En ce qui concerne vos questions par rapport au fonctionnement interne du site, je vous informe que chaque rédacteur de Critikat est amené à choisir un film qui lui semble intéressant ou raccord avec ses obédiences cinématographiques. Dès lors, il n’y a pas ou peu de débat interne en amont de la mise en ligne, à part peut-être quelques retours liés à la formulation propre du texte. En somme, la direction de Critikat fait confiance à chaque « critikatien » pour juger sur pièces le film sur lequel il s’est proposé. Bien sûr, grâce aux avant-premières et la possibilité (relative) de se rendre à plusieurs ou même de son côté, aux projections de presse, il peut y avoir des discussions quelques jours avant la mise en ligne, mais le plus souvent autour du choix du film de la semaine. Aussi, il est arrivé que deux rédacteurs s’affrontent dans un « pour et contre » quand le film, dans sa forme et son contenu, le requiert. Enfin, et considérant les divergences d’opinion, de parcours (l’un thésard, l’autre monteur, ou encore aspirant critique professionnel…), il y a, à l’évidence, au sein de l’équipe des sensibilités divergentes qu’un lecteur fréquent du site aura remarqué.

Dès lors, et suivant cette confiance accordée à chacun, les débats peuvent avoir lieu après la mise en ligne, au moment où le film a pu être vu par la majorité de la rédaction. Ce fut le cas à la sortie de The Tree of Life (vu la veille au soir de sa sortie, trois jours avant la publication de l’article, avec plusieurs membres de l’équipe). Les avis (entre « scepticisme » et reconnaissance d’une « ambition ») divergeaient déjà. Car, tout le monde a pu le remarquer, le (mieux, un) film de Terrence Malick est bel et bien une expérience qui ne laisse jamais indifférent. Vous avez ainsi peut-être lu sur la page Facebook de Critikat que Mathieu Santelli considérait The Tree of Life, comme le plus beau film de ces vingt dernières années. C’est d’ailleurs dans ce sens que vous avez bien saisi la dimension individuelle/contingente du rapport que l’on peut entretenir, à un instant T de nos vies, face à un film. Or, ce que je considère comme le jeu de la critique réside avant tout dans la vision unique (parfois double avec les festivals) du film. Car, à mon sens, il ne faut pas confondre un travail de recherche (rejoignant ce que vous appelez « l’historicité ») avec le jeu (aussi pensé soit-il) de la critique.

C’est pour cela que tiens à vous informer que j’ai écrit un mémoire de Master 2 de près de 250 pages sur La question du fragment et du tout entre l’idéale nature et l’espèce humaine dans La Ligne Rouge et Le Nouveau Monde. Et si le jury a pu me proposer de poursuivre mes recherches, j’ai alors préféré opter pour le jeu critique. Une manière pour moi de vous révéler que j’ai passé deux ans de ma vie à conduire un « dialogue » avec l’œuvre de Terrence Malick par, mais vous l’imaginez bien, la projection répétée de ses quatre premiers films. Ainsi, mon obédience pour le cinéma de Malick repose principalement sur une admiration pour la forme de ses films, et plus particulièrement son esthétique du fragment (visuel- sonore) tout à fait emblématique de la dialectique Nature-Homme sur laquelle j’ai longuement travaillé. Ma connaissance particulière de l’œuvre de ce cinéaste (l’héritage authentiquement américain auquel son cinéma souscrit, la transformation d’une esthétique « russe » fondée sur le plan en rupture, le processus méditatif à l’œuvre) est désormais un socle sur lequel je considère, j’analyse, les films de Malick, plus particulièrement La Ligne Rouge et Le Nouveau Monde. Or, et on l’a bien remarqué, The Tree of Life, change considérablement cette donne pour lui supplanter un symbolisme plus incarné, allant au-delà de la méditation-capture « documentaire » rivée sur la nature. En somme, l’humain prend plus de place dans The Tree of Life et avec lui un cadre, une idéologie (New Age) qui appellent une imagerie, disons moins sauvage et mystique. Cela donne des plans, des couleurs, des voix qui m’ont paru parfois assez mièvres et religieusement surannés (et pourquoi pas sectaires ?). Peut-être aussi, et vous avez raison de le noter, que je ne me suis pas reconnu dans les rapports qu’entretiennent cette famille et ai donc pu éprouver des difficultés à m’identifier à la fable, à l’inverse de mon attente de me fondre dans la « nature » filmée. Aussi, de même que le personnage de la mère ne trouve grâce à mes yeux, Brad Pitt (incarnant symboliquement ladite « nature ») n’est qu’un acteur et n’élèvera – dans la pensée transcendentaliste auquel je souscris – jamais aussi haut mon âme qu’un travelling avant autonome sondant les bois habités du Nouveau Monde

Qu’en est-il alors de la re-vision The Tree of Life, si telle est votre question ? Figurez- vous que je n’ai pas trouvé le temps ni l’énergie de me déplacer une nouvelle fois face au film. Or, ne vous méprenez pas sur mes intentions. Comme je l’écris à la fin de ma critique, j’ai tout de suite senti mon non-désir de subir à nouveau ces visions, qui se jouent parfois sur un plan/une partie/une imagerie, désagréables. D’où le titre « trip sectaire » qui n’est, après tout, qu’un titre (d’ailleurs « trip » n’est pas forcément péjoratif…) par rapport à un article que je juge plus pertinent (entendre reposé/travaillé pour trier le bon du mauvais) que ce que j’ai pu lire ailleurs sous la plume de certains professionnels… Après cela, si je dois revenir sur la construction en parties de mon texte, je peux vous concéder que j’ai peut-être pu manquer de recul sur un point. Celui qui, en souterrain du film et de l’idéologie-imagerie chrétienne, donne à sentir quelque chose de l’ordre de la menace, de la crainte d’un chaos imminent. Car les images de Création (à mon souvenir aussi sublimes qu’horribles) peuvent, en cours de la projection, faire retour et contaminer quelque part la partie centrale, fable du film. Et même si ce fait est davantage donné à penser (sous forme d’intentions) qu’à saisir, The Tree of Life sait rendre compte du fait que nos vies humaines, en ces lieux, sont purement dérisoires. Et que la place de l’humain dans le cosmos est considérablement infime, microscopique, par rapport à la grandeur de l’univers. Or, et c’est plus qu’important à mes yeux, cette réflexion court déjà dans toute l’œuvre de Terrence Malick et est à mon sens, pour exemple, mieux figurée sur la colline 210 de La Ligne Rouge où des soldats, plongés dans de hautes herbes, font figure de fourmis.

En guise de conclusion, je tiens à dire que chaque critique qui se (re)connaît, attend autant face à un film d’être surpris que de retrouver une forme de cinéma particulière à ses attentes. Ainsi, pour ma part (je ne suis ni philosophe encore moins théoricien), la reconnaissance d’une ambition est moins un critère premier que la forme même dont revêt un film pour donner à voir et entendre un discours, un fond. Ainsi, selon l’idéal éthique du critique, il est souvent impossible de faire abstraction de l’un ou l’autre tant ce doublon (forme et contenu) va de pair. Le travail critique, à la différence du chercheur universitaire doit, il me semble, noter et prendre en compte ces deux paramètres. En tant que chercheur sur Malick, je pouvais me concentrer sur la forme elle-même, en faisant abstraction de certains pans d’une idéologie (rousseauiste par exemple). En tant que critique, je pense devoir sonder l’ensemble du film, de son ambition, ses enjeux, jusqu’à son discours. Le tout en adhérant à la règle du jeu critique qui, à mon humble avis, ne se gagne que quand l’avis est pertinent et subjectif.

En espérant avoir répondu à vos questions, je souhaite bonne continuation à vous François, admirateur de Terrence Malick.

Romain Genissel


Lire l’article de Romain Genissel : The Tree of Life



Il était une fois en Amérique - « Totalement à côté de la plaque » - le 16 juillet 2011

Bonjour

Je n’avais jamais lu un tel propos neuneu sur ce film... « Et en attendant ces retrouvailles, c’est sur la solitude de Noodles que le spectateur sera invité à s’apitoyer — pas sur la détresse de la femme violentée (...) » Non sans blagues ? « les femmes sont toujours froides, manipulatrices, perverses », et les hommes ils sont comment ?

« Cet aspect d’Il était une fois en Amérique vient nuancer le plaisir » Ah bon ? Chez un neuneu qui n’a pas tout compris peut être...

Le vilain film qui fait l’apologie du viol et qui est méchant avec les femmes...

Je n’en reviens pas que la moitié de votre critique du film se fait sur sa misogynie et ses scènes de viol (vous êtes passé à côté de quelque chose...), je déteste l’expression politiquement correct mais dans le genre vous faites fort, au fait ils tuent aussi des gens par ailleurs cela ne vous gène pas ? Et le trafic d’alcool ? C’est pas beau non plus. Bizarre comme le meurtre choque moins au cinéma que le viol... Interrogez vous là-dessus : comment la fiction audiovisuelle a banalisé l’homicide, on en voit tellement que cela ne choque plus personne... Par contre, oui, des viols on en voit moins. Ce film fait il l’apologie du crime, du viol ou c’est une œuvre artistique qui s’adresse à un public adulte ?

Alors, oui Leone est sans doute macho, voire misogyne, il appartient à l’ancien monde et parle d’un ancien monde, du western où les femmes n’avaient pas le premier rôle ; plusieurs de ses films présentent en effet des scènes violentes et sexuelles vis à vis des femmes, ses héros sont des voleurs, des gangster et des tueurs (une drôle vision de l’homme non ?) pas des gentlemen, mais, vous voyez, c’est Leone une stylisation extrême de la violence.

Et le spectateur est assez adulte pour comprendre que le viol c’est bas bien quand même...et que Noodles n’est pas un boy-scout !

Mais vous pouvez critiquez tous les films sur certains aspects, la place faite aux femmes, aux Noirs, à la classe ouvrière, aux massacre des Indiens...

Vincent V.


Bonjour,

Selon moi, toute production intellectuelle véhicule une vision du monde et obéit à un système de valeurs, qui peuvent être contestés, ou au moins discutés. Alors que beaucoup de critiques se contentent d’un point de vue purement formaliste (admirant ou rejetant les choix de mise en scène) ou strictement auteuriste (en replaçant l’œuvre dans la filmographie d’un cinéaste), je m’efforce pour ma part — avec d’autres collaborateurs de Critikat — d’intégrer à ces grilles de lecture des critères politiques et moraux. Cela fait peut-être de moi un « neuneu » « politiquement correct », pour reprendre vos expressions... Mais, il y a aujourd’hui tellement de critiques qui analysent les images sans se soucier de ce qu’elles véhiculent, et de spectateurs qui les consomment sans les interroger, que je suis prêt à prendre le risque de tomber dans l’excès inverse.

En tant que spectateur, j’ai été gêné par certaines scènes d’Il était une fois en Amérique. En tant que critique, j’ai choisi d’exposer cette gêne, de dire en quoi la complaisance de Leone dans sa « stylisation extrême de la violence » (comme vous l’écrivez vous-même), notamment quand celle-ci s’exerce sur les femmes, pouvait être problématique.

Ensuite, et contrairement à ce que vous me faites dire, je ne pense pas qu’Il était une fois en Amérique soit une « apologie du viol ». Je ne l’ai d’ailleurs pas écrit : mon point de vue est plus nuancé, car j’admire sincèrement le film (mes réserves n’occupent qu’un tiers de l’article, et non la moitié comme vous me l’écrivez). Je pointe juste ce que je considère comme une limite de Leone. S’il sait montrer comment les choix de ses personnages (le vol, le meurtre, la trahison...) finissent par provoquer leur déchéance et leur malheur (en cela, le film est profondément et magnifiquement moral), le cinéaste cesse de faire preuve d’empathie et abandonne même tout point de vue dès lors qu’il est question du viol. Et cela, je persiste et signe, a terni mon plaisir de cinéphile et d’admirateur du grand Sergio !

Ce n’est même pas tant la scène du viol elle-même qui me pose problème, mais bien la manière dont il est justifié a priori (la scène du restaurant), puis évacué par le scénario et oublié par les personnages (par la violentée autant que par l’agresseur) lors de leurs retrouvailles, trente ans plus tard. Ils font comme si rien ne s’était passé, parce que pour Leone, rien ne s’est passé. Ses propos, que je rapporte dans la deuxième note de bas de page de mon article, me semblent, sur ce point, très révélateurs.

Au risque du relativisme, je vous répondrai enfin que toute critique est subjective, et que j’assume ma subjectivité. En tant que critique, je ne prétends pas détenir la vérité sur un film, et je ne cherche donc pas à vous imposer ma "vision", mais à vous proposer un point de vue argumenté. Libre à vous, ensuite, de vous y confronter, de vous y reconnaître ou de vous y opposer. Dans tous les cas, dès lors que j’ai provoqué une réaction - voire un dialogue tel que nous en avons actuellement -, j’estime avoir rempli ma mission.

Je vous souhaite d’excellentes lectures.

Cordialement,

Sébastien Chapuys


Je vous remercie pour votre réponse, et je m’excuse, pour ma part, de la brutalité de mon message.

Je persiste cependant à penser que votre point de vue sur ce film me semble un peu à côté de la plaque. Je partage tout à fait votre exigence morale tout en assumant ma fascination devant la violence, on ne va pas faire le débat de la violence au cinéma (Kubrick Peckinpah, Haneke, Tarantino...), mais bon, je doute qu’un film de Leone rende violent ou excuse la violence. Le point de vue politique de Leone est celui d’un anarchiste désenchanté.

Revenons aux femmes : certes, il y a une ambiguïté, un fantasme chez Leone sans doute [...], pourquoi autant de scènes de violence avec elles (dans tous ses films), ce n’est pas un hasard, on pourrait dire pourquoi pas avec elles ? Puisque la violence existe déjà entre homme (tous ses héros sont des tueurs et des gangsters), la grâce du cinéma de Leone est sans doute ce mélange permanent entre la trivialité et la beauté ; je précise que la première scène n’est pas vraiment un viol et pour la scène avec Deborah je ne partage pas du tout votre point de vue en disant que le film justifie cette scène, certes il y a une empathie pour Noodles mais pas une justification, la scène est dérangeante, longue, insupportable (personne ne peut approuver son acte). Après, oui, il y deux sublimes moments : la promenade vers mer et les adieux à la gare ce qui rend son acte encore plus absurde...

Enfin bref, le débat sur le viol et la condition féminine (qui pourrait disqualifier tant de films... puisque réalisés par beaucoup de beaux pervers) me semble un peu hors de propos, comme le débat sur le meurtre pour n’importe quel film de genre.

Bref faire la moitié d’une critique (ou le tiers) sur ce sujet et ce débat (qui peut exister il est vrai) me semble particulièrement injuste,et discutable.


Lire l’article, au moins aux deux tiers juste et indiscutable, de Sébastien Chapuys : Il était une fois en Amérique



Harry Potter et les reliques de la mort : "quand je réalise que le film ne s’adresse plus à moi, je me sens bel et bien destitué" - le 26 novembre 2010

Bonjour,

Je voudrais réagir à votre critique sur la première partie du dernier volet de Harry Potter, pas spécialement par contradiction, mais plutôt pour parler d’un autre aspect : ce que Harry Potter a de générationnel et comment les films tirent leur épingle du jeu. Avant toute chose, j’ai 19 ans. Je suis en plein dans la génération Harry Potter, celle qui a quasiment découvert la littérature avec ces livres, véritables passerelles qui ont su grandir avec nous et nous ont peut être même amené vers une autre littérature (voire par exemple, dans certains cas dont le mien, à lire en anglais ! Mais je m’éparpille).

Sans extrapoler trop dangereusement on peut au moins repérer sans se mouiller plusieurs terrains sur lesquels J.K. Rowling a énormément fait évoluer sa création au fil des tomes. D’abord l’atmosphère, de plus en plus sombre, et même froide, avec une idée de désespoir tout à fait indissociable des deux ou trois derniers volumes : piliers narratifs qui s’effondrent (Sirius, Dumbledore, Poudlard...), morts de plus en plus fréquents... Ensuite les sujets abordés, qui retracent très clairement une petite histoire d’adolescence, marginalité, intrigues sentimentales secondaires, puis quasiment centrales. Autant dire pour résumer qu’en lisant Les reliques de la mort, on n’avait pas vraiment l’impression de lire la suite même très indirecte de ce livre pour enfants qu’était L’école des sorciers, dévoré dix ans plus tôt.

Les films ont suivi la même trajectoire, mais peut être pas assez. J’ai parfois ce sentiment un peu égoïste que dans le cas d’Harry Potter, cœur de cible commercial ou pas, ma génération devrait être le destinataire privilégié des films, dans la mesure où les livres nous appartiennent un peu. Plus que tout autre lectorat nous avons grandi avec eux et entretenons avec la série un rapport assez particulier. C’est de la sociologie de cuisine, mais quand je réalise que le film ne s’adresse plus à moi, je me sens bel et bien destitué.

C’est malheureusement un peu le cas. Les effets sont plus que grossis, les informations sont répétées, on piétine souvent dans des redondances. De A à Z, le film est un film pour ados. La série des adaptations, curieusement, a eu une sorte de crise de croissance à partir du quatrième volet, et tout est maintenant plus ou moins figé dans ce ton teenage fantastic.

Bien sûr, ça ne gangrène pas la qualité du film. C’est vraiment un blockbuster très réussi, David Yates parvient à imposer de beaux choix de mise en scène qui ne sont pas monnaie courante dans cette catégorie de films. Il sait poser sa caméra, a un certain sens du cadre et c’est très agréable. La scène d’introduction est au poil. Le film prend bien le temps de tout développer, et les temps morts sur lesquels tout le monde tombe sont peut être ce qui manquait à certains épisodes précédents.

Mais je ne m’étendrai pas plus sur le reste du film, vous l’avez très bien fait. Bravo pour votre travail !

Théo R.

Lire l’article d’Ophélie Wiel, qui s’est très bien étendue sur le reste du film : Harry Potter et les reliques de la mort



Le Premier qui l’a dit : "le suicide aux pâtisseries, c’est la cerise sur le gâteau" [courrier] - le 25 juillet 2010

Cher Arnaud, Merci pour votre critique, en tout point juste et lucide. En effet, hier, j’ai été voir ce film (travaillant dans un cinéma Art et Essai, je ne paye pas, fort heureusement !) et, si j’ai tenu jusqu’au bout, j’en suis sorti effaré !

Ce film accumule mauvais choix et mauvais goût, entre de nombreux clichés (la jeune et jolie fille chauffarde, la grand-mère compréhensive et lucide, l’usine de pâtes, les copains romains follasses...) et une mise en scène catastrophique (aah, ces mouvements de caméras, lors des repas, qui donnent la nausée !), le réalisateur ne nous épargne rien. Et que dire des acteurs qui surjouent (mention spéciale au padre de la famille - ridicule) et à l’acteur principal à l’air de Droopy dépressif.

Enfin, le suicide aux pâtisseries fut la cerise sur le gâteau ! Quelle honte de sacrifier la meilleure actrice d’un film dans une scène d’un aussi mauvais goût - c’est à se demander qui, chez Bellissima, a eu envie de distribuer un tel navet !

Au plaisir de vous lire, pour un bien meilleur film j’espère, et bravo quant à l’exigence de votre site, de loin le meilleur du net.

Cordialement, Loïc A.


Loïc, merci sincèrement pour votre mail, qui me fait très plaisir. D’autant que l’accueil du film n’a certes pas été triomphal mais s’avère tout de même bienveillant, ce qui est inexplicable et injustifiable en considérant les nombreuses tares du film. Je dois dire que je ne comprends pas.

Et merci donc de nous lire, et pour ces compliments qui nous encouragent.

Au plaisir. Arnaud


Arnaud, je suis moi aussi surpris par la bienveillance critique et le fait que notre public (celui du Métropole à Lille), plutôt cinéphile, l’apprécie mais bon ce n’est qu’un épiphénomène !

Je tenais à vous dire que j’apprécie la ligne éditoriale du site et vos critiques. En effet, moi qui suis passionné de cinéma, qui l’étudie, qui anime des débat pour le cinéma dans lequel je travaille (bientôt la venue d’A. Weerasethakul !) et écris quelques critiques (cinémotions, de lincidenceéditeur), je suis toujours agréablement surpris par votre exigence, votre ton - mis a part Kagangski aux Inrocks et Delorme, Beghin et Tessé aux Cahiers, je ne vois pas mieux. Je trouve que Positif, Libé et Télérama sont en dessus par frilosité et partis-pris agaçants, même si je dévore tout !

Au plaisir d’échanger avec vous et de vous lire. Bien à vous.

Loïc A.


Lire l’article d’Arnaud Hée : Le Premier qui l’a dit

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