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La pédagogie avant tout

1802, L’épopée guadeloupéenne

réalisé par Christian Lara

Critiques > 9 mai 2006

Lorsqu’en 1802, Napoléon Bonaparte décide de rétablir l’esclavage dans les colonies américaines, le peuple guadeloupéen n’hésite pas un instant à s’emparer des armes pour refuser que la métropole ne les dépossède de l’essentiel : la liberté. Christian Lara entend participer au devoir de mémoire en attirant notre attention sur cette page de l’Histoire dont on parle trop peu. Mais la portée du film se limite très rapidement à un acte pédagogique destiné aux plus jeunes. Dommage pour les autres qui ont pourtant tout autant à apprendre.


Premier constat : la communauté noire est très rarement représentée dans le cinéma français. Mises à part deux ou trois exceptions (Hubert Koundé dans La Haine de Matthieu Kassovitz ou encore Firmine Richard dans 8 femmes de François Ozon), les acteurs dits « de couleur » sont rares - d’autant plus rares lorsque ces films ne traitent ni de l’immigration ni des banlieues - occultant de ce fait tout un pan important de la population française. Second constat : le cinéma français n’a pas la qualité d’avoir une approche réflexive sur sa propre histoire, hormis quelques exceptions, bien heureusement. Les films (de fiction ou documentaires) sur la Guerre d’Algérie restent rares, ceux sur la France pétainiste aussi. Triste héritage d’une histoire que notre pays peine grandement à assumer, preuve en est la place et l’interprétation accordées aux événements précités dans les manuels d’Histoire jusque dans les années 1990. Et l’obscurantisme a encore de beaux jours devant lui : en 2006, la plupart des députés UMP n’hésite pas à exiger que l’on parle du « rôle positif » de la colonisation ou encore que l’on retire la loi Taubira de 2001 qui qualifie l’esclavagisme de crime contre l’Humanité.

Autant dire que le projet de Christian Lara tombe à pic pour réveiller les consciences et rappeler aux plus réticents que le prestige révolutionnaire de la France a depuis bien été entaché par de sombres retours en arrière. 1802, L’épopée guadeloupéenne se passe environ dix ans après la chute de l’absolutisme monarchique, de la déclaration des Droits de l’Homme, de l’abolition des privilèges et de la philosophie des Lumières. Le peuple des colonies d’Amérique (entendons la Guadeloupe et la Martinique) est officiellement reconnu l’égal du peuple blanc de métropole. Et pourtant, les relations houleuses qu’entretiennent la France et l’Angleterre ne vont pas jouer en faveur de ce nouvel humanisme. Rapidement, les alliés d’Outre-mer comprennent le piège dans lequel ils sont tombés. Tous solidaires, ils s’emparent d’armes et de canons pour faire entendre au gouvernement français leurs revendications égalitaires.

On imagine combien le projet n’a pas dû être facile à monter, d’une part parce qu’il nécessitait des coûts de production assez élevés (nombre de figurants, scènes de combat, costumes d’époque) et d’autre part parce que la plupart des investisseurs ont dû afficher une certaine tiédeur, une certaine réserve pour un sujet a priori difficilement casable en première partie de soirée sur les chaînes hertziennes. Seule possibilité de rendre ce projet viable : qu’il soit essentiellement pédagogique. Du coup, l’Histoire est simplifiée à outrance (la nature des relations entre la France et l’Angleterre est à peine évoquée) et les personnages sont avant tout des entités. Ils ne représentent qu’une idée (celle de l’esclavagisme ou à l’inverse, celle de la rebellion) ce qui donne une approche beaucoup trop manichéenne de cet épisode pour satisfaire les férus d’Histoire qui espéraient trouver de nouveaux éléments. Autant dire que le travail de recherche est réduit à l’essentiel pour que tout le monde puisse comprendre grossièrement les enjeux d’alors. Inutile d’espérer y trouver un écho aux récents événements qui ont ébranlé les rapports entre la métropole et la Guadeloupe car le film de Christian Lara se laisse prendre au piège du mimétisme de la reconstitution historique. Parti pris d’autant plus difficile à assumer que les acteurs ne sont pas toujours très bons, la mise en scène pas vraiment inspirée, les dialogues peu travaillés. Ne parlons même pas de la musique qui vient surligner les multiples appels à la révolution ou quelque grande phrase qu’on croirait sortie d’un livre d’Histoire. Espérons seulement que ce projet ambitieux puisse inspirer d’autres cinéastes capables de convaincre les producteurs et les distributeurs de soutenir un projet qui ne serait pas seulement destiné aux classes du primaire et du collège.

Clément Graminiès

Image : D. R.


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1802, L’épopée guadeloupéenne (France, 2005). Réalisation & scénario : Christian Lara. Montage : Catherine Trouillet-Schorr. Musique : Jean-Claude Petit & Hélène Blazy. Assistant réalisateur : Julien Mérelle. Producteurs : Albert Pigot, Cédric Pakiry, Sandra Lincertain, Ruddy Séverin, Frysiany Etenne & Anne-Sophie Balle. Interprétation : Luc Saint-Eloy, Jean-Michel Martial, Patrick Mille, Marc Michel, Philippe Le Mercier, Xavier Letourneur... Sortie : 10 mai 2006.

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