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Kanna Endô et le prince de sang-mêlé
Critiques > 25 août 2009
Résumons donc les évènements jusqu’à maintenant. 20th Century Boys se terminait sur l’évènement qui allait devenir le Nouvel An Sanglant, un massacre à grande échelle menaçant la planète entière, entré dans les livres d’histoire comme étant le fait du terroriste Kenji Endô. À cette occasion, le chef de secte Ami s’imposa comme le sauveur de l’humanité. Seul un petit nombre de personnes savent qu’Ami a manipulé les médias pour accabler Kenji Endô - ces personnes sont les amis d’enfance de celui-ci, qui soupçonnent que derrière le mystérieux masque d’Ami, se cache un autre de leur camarades d’enfance. Savoir lequel serait savoir comment défaire la secte millénariste d’Ami, de plus en plus influente. Le second chapitre de la saga se concentre sur Kanna Endô, la nièce de Kenji Endô, qui l’idolâtre et désespère de rétablir la vérité sur les manipulations d’Ami. Mais que sont devenus les autres camarades de Kenj i ? Comment et où ont-ils survécu ? Et qu’en est-il du « Cahiers des prédictions », rempli par les gamins de 1967 et dont les prophéties apocalyptiques se révèlent vrais les unes après les autres ? Et quelle utilisation fera Kanna de ses dons charismatiques et surnaturels ? Etc., etc., etc.
Voici, en quelques lignes, une tentative de résumer une dizaine de volumes de la série de manga 20th Century Boys, une série maîtrisant à merveille l’art du cliffhanger et la critique des manipulations politiques. Autant dire qu’une telle tentative est vaine, et lorsque l’on aperçoit, aux dires du dossier de presse du film, qu’il s’est agi avec ce nouvel avatar de s’éloigner de la série, l’espoir naît − car tenter d’adapter aussi fidèlement que ce fut le cas dans le premier épisode serait tout simplement suicidaire. Mais hélas... Comme le récent et narrativement calamiteux Harry Potter et le Prince de sang-mêlé ou le non moins désagréable La Boussole d’or, ce second épisode, au lieu de s’approprier une œuvre narrative et de l’adapter au cinéma − au sens plein du terme − se contente de dresser une liste exhaustive des péripéties nécessaires à ne pas bousculer les fans du manga, au mépris de toute forme de construction dramatique. Personne, dans la salle du dernier Harry Potter, n’en a cure de savoir qui est ce mystérieux Prince de sang-mêlé − personne ici n’ira réellement chercher la signification des séquences qui s’enchaînent dans un joyeux chaos.
Résultat : une suite ininterrompue de scènes, parfois copiées au plan près sur le découpage du manga, représentant les moments de bravoure du récit originel, avec un mépris souverain pour toute forme de cohérence. Voir les retrouvailles de Yoshitsune, l’un des comparses de Kenji, avec Kanna, dans le saint des saint des sectateurs d’Ami, à la tête d’une armée personnelle : sans la moindre cohérence, sans un soupçon de mise en situation qui permettrait de crédibiliser un brin le propos, l’action suit pourtant son cours. Il conviendra donc pour les connaisseurs de combler les trous, et pour les autres...
Formellement, Yukihiko Tsutsumi semble s’être débarrassé de ses réflexes outranciers de clipeux, et se livre à de louables tentatives de mise en scène dans ce second épisode, qui de ce point de vue se hisse bien au dessus du très démonstratif premier film de la saga. Hélas, le réalisateur se contente cependant la plupart du temps de jouer sur l’emphase visuelle − aidé en cela par une musique d’une redoutable lourdeur. Qu’à cela ne tienne : là où le premier distillait un ennui poli, ce second 20th Century Boys maintient l’intérêt tout au long des plus de deux heures que dure le film. Que cela soit avant tout dû à la qualité supérieure du scénario original ne fait cependant pas un doute.
Vincent Avenel