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La femme est une femme comme les autres
Critiques > 3 juin 2008
Comme Isabelle Mergault en son temps invoquait Ernst Lubitsch (paix à son âme), Catherine Castel a visé haut pour son premier long métrage (le dernier d’une courte série ?) : voici que Howard Hawks, ni plus ni moins, vient hanter le projet de 48 heures par jour. Question : la réalisatrice s’est-elle véritablement plongée dans un sérieux visionnage de L’Impossible Monsieur Bébé ou de La Dame du vendredi ? Ou s’est-elle simplement vaguement souvenue d’un cours de cinéma évoquant l’anecdote du métronome que Hawks aurait utilisé lors de ses tournages pour en accélérer le rythme ? Dans 48 heures par jour, les acteurs semblent tant jouer à celui qui débitera le plus vite son texte, qui à leur décharge ne semble pas avoir pour eux beaucoup de signification (ni pour nous d’ailleurs), qu’on penchera pour la deuxième proposition. Catherine Castel a sans doute tourné son film à toute berzingue. On lui aurait été gré néanmoins d’accorder plus de temps à l’écriture du scénario, à la mise en scène, ou simplement à l’idée même de passer à la réalisation d’un long métrage "de cinéma", qu’un ami mal attentionné lui a peut-être soufflé à l’oreille.
48 heures par jour est une comédie, donc. Sur les aléas de la vie conjugale pour la femme active, soit. Pas très nouveau tout ça, mais bon : Catherine Castel a évité de verser dans la « caricature », elle l’a promis. Le mari qui rentre tard en laissant sa femme s’occuper des gosses mais prend du temps pour lire L’Équipe au bureau, le patron d’entreprise qui coupe ses livres parce qu’ils ne tiennent pas dans la bibliothèque (« la lecture, c’est pour les losers », dit-il), la préférence de l’homme pour une jeune fille au pair sexy plutôt qu’une nounou et femme de ménage moustachue : pas caricatural du tout, non, non. Catherine Castel nous le jure : c’est comme ça que ça se passe dans la vraie vie, et faut que ça change, na ! Ras-le-bol des maris qui ne font rien à la maison, tout le monde devrait réagir comme Aure Atika, qui prétend partir six mois au Japon pour s’occuper de sa passionnante carrière professionnelle (on n’a pas très bien compris ce qu’elle fait, quoiqu’il semble que la promotion de « pneus » soit impliquée quelque part), mais en réalité reste à Paris dans l’appart’ de sa collègue, ouh la vilaine menteuse. Avant de récupérer enfants et mari plus amoureux que jamais, elle peut même s’offrir une nuit sans lendemain avec son voisin de palier. Trop cool la leçon de sociologie, c’est Delarue qui doit être content pour son prochain débat.
Il fut un temps pas si lointain où la comédie française était presque sortie de l’ornière où elle était tombée depuis moult années (souvenir ravi de Hors de prix), mais apparemment, tout le monde s’acharne depuis à l’enfoncer encore plus. Dialogues minables récités sans conviction (vieillir ne fait pas du bien à Antoine de Caunes qui en a perdu son humour), réalisation digne d’un épisode de Joséphine ange gardien (TF1 étant le producteur du film, jackpot !), philosophie de bazar, montage et image tout pourris. Si personne n’en sort grandi, seule Victoria Abril, dont l’accent espagnol est si sexy qu’elle pourrait débiter l’annuaire, a toujours l’air un peu classe. On ne va pas s’acharner, franchement, ça n’en vaut pas la peine. Un mémo pour l’avenir, cependant : qu’on laisse Howard Hawks en dehors de toutes ces inanités, d’abord parce qu’il n’a rien fait pour le mériter, ensuite parce qu’il pourrait bien revenir et ne pas être très content.
Ophélie Wiel