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Suivant le regard de Filipa, 14 ans et désirs naissants, le film d’Heitor Dhalia décrit les vacances d’été d’une famille secouée de tourments assourdis. Le père, écrivain d’origine française au comportement un brin immature (Cassel a rarement paru aussi adéquat à un rôle) avec qui elle nourrit une relation fusionnelle, trompe la mère portée sur la bouteille avec une Américaine plus jeune et plus sereine. Elle-même, traînant avec sa bande de copains, joue une valse-hésitation avec un garçon qu’elle désire vaguement, mais qui de ce fait entre malgré lui en concurrence avec le père. Ainsi se dessine un microcosme embrumé par l’incertitude des sentiments plus ou moins dits, par les mensonges de l’un à l’autre ou à soi-même, par les nœuds qu’on n’ose pas dénouer. Que ce soit un enfant devant la perte de son innocence ou un adulte faisant encore le deuil de celle-ci, personne ne se décide vraiment à avancer, à décider, à assumer, et même la hiérarchie parent-enfant s’en voit remise en question. Dans un cadre géographique mi-clos – la péninsule de Búzios, son ancien port de pêche, ses plages – tous ces personnages tournent en rond autour du carrefour qui se dessine pour leurs vies, tandis que leurs petits univers se délitent.
Heitor Dhalia n’est guère intéressé par la seule observation du mûrissement progressif de son protagoniste enfant, argument d’un film d’apprentissage typique. Le regard pointé sur tous ses personnages, il s’attache à traduire cet état de surplace collectif et de doute généralisé, point de convergence d’états mentaux individuels qu’il confronte avec un certain sens du naturel. Nature toujours, lorsque la caméra tâche de tirer parti du décor, caressant la plage, la mer et la falaise, privilégiant teintes chaudes et grain légèrement duveteux, pour suggérer à la fois, paradoxalement, la nudité vulnérable et l’étouffement des êtres incertains. Rien de très neuf, sans doute, dans cette illustration un brin systématique sagement complétée par la musique lente, mais le côté déjà vu des choix esthétiques n’entache qu’à peine le point de vue sans complaisance du cinéaste sur son sujet. Dhalia tient bon la rampe de son parti pris, soutient une empathie égale pour tous ses personnages : sous son regard, le mari adultère, la femme sous dépendance, l’enfant témoin, la maîtresse, tous se meuvent et se croisent dans le même milieu, sujets au fond à la même errance même s’ils la vivent différemment. Son film se garde bien de chercher à guider trop visiblement les directions des uns et des autres, respecte leur caractère erratique, joue des va-et-vient et des situations qui traînent, jusqu’à une fin en forme d’hypothétique recommencement où, si chacun a grandi un peu, l’avenir est à peine moins flou qu’avant. Une façon de rester fidèle à la part d’insolubilité de nos petits règlements de comptes avec nous-mêmes.
Benoît Smith