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Alicia Duffy s’était faite remarquée en sélection officielle du court-métrage à Cannes en 2002 avec The Most Beautiful Man in the World, où une fillette faisait la rencontre d’un homme mutique dans un champ. On pouvait déjà à l’époque déceler une certaine capacité à installer une ambiance curieuse, mêlant beauté radieuse de l’enfance et vague sentiment d’inquiétude, le tout fondé sur un canevas simple : que se passe-t-il lorsque nos chères têtes blondes échappent au regard des parents ? All Good Children reprend ce principe séduisant et puise donc son origine dans le même vivier que le récent Tomboy de Céline Sciamma, même si la comparaison s’arrête immédiatement là. En effet, plutôt que de choisir une représentation réaliste de l’enfance par le biais de la question du genre, Alicia Duffy emprunte la voie incongrue du pseudo-thriller psychologique.
Non pas qu’il aurait fallu suivre la même route que la réalisatrice française, mais force est de constater que ce choix abscons produit des effets dévastateurs. Constamment tiraillée entre le désir de dépeindre le monde de l’enfance tel qu’on se le représente généralement (innocence, insouciance et liberté) et la volonté d’instiller le trouble préadolescent, notamment par le truchement d’une tension amoureuse ambiguë, Alicia Duffy ne trouve jamais rien de solide pour construire son récit. Et brasse finalement des thèmes assez communs, entre absence des parents et découverte de la jalousie, pour tracer le portrait de Dara, jeune Irlandais de 11 ans qui bascule dans la folie.
All Good Children met donc en scène l’obsession naissante de Dara pour Bella (dont la parenté de nom avec l’héroïne de Twilight laisse songeur), jeune Anglaise effrontée et séductrice. L’inconfort que suscite la vision du film est en grande partie lié à cette trajectoire, car le regard sans complaisance que porte la réalisatrice sur ses personnages renforce l’impression d’un éveil sensuel décrit avec une ambiguïté malsaine. La transposition d’un genre cinématographique adulte et de ses codes dans le cadre de la préadolescence provoque un basculement psychologique peu crédible, tant la perte de repères de Dara est fondée sur le fait qu’il n’a pas conscience de la gravité de ses actes. Les éléments pathologiques mis en place sont pourtant lourds de sens : l’attirance pour la chair, la décomposition, l’instinct de mort.
La position attentiste et très en recul des parents est d’autant plus agaçante qu’elle ne sert, en simple artifice scénaristique, qu’à expliciter leur absence pour rendre crédible la perte d’attaches du personnage de Dara. Et réussir à valider, in fine, un dénouement pour le moins abominable et tragique que la réalisatrice ne semble pas vouloir assumer.
Julien Marsa