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Poussée hors de sa vie par son petit ami (qui a besoin de temps, on l’apprendra plus tard, pour finir un disque avec son groupe, et ne peut donc s’embarrasser d’une relation sentimentale), Soledad, mortifiée, décide de rester célibataire pendant 3 ans, à la fois pour faire son deuil et pour affirmer sa capacité à vivre sans homme. Pour la jeune fille au prénom prédestiné, la situation se complique bien vite, tandis que se présente rapidement à elle un nouveau compagnon, bien préférable à l’ancien, et que nombre de proches s’échinent à vouloir lui faire briser son vœu de "solitude". Mais pour la belle, profondément hypocondriaque, cette recherche perpétuelle, sans désir réelle d’atteindre le but, n’est-elle pas la relation rêvée ?
« Après tout, c’est surtout courir après lui que j’aime » murmure une Chiyoko Fujiwara mourant dans l’épilogue de Millenium Actress, de Satoshi Kon, après avoir couru après l’homme qu’elle aime toute une vie durant. Une ligne qui pourrait aussi bien sortir de la bouche de Soledad, qui rajouterait volontiers « et j’aime autant que l’on me coure après ». Car on se cherche beaucoup dans Amorosa Soledad, on tente de se séduire, de se reconquérir, voire de s’assurer l’exclusivité d’une relation sentimentale : en vain. Après sa rupture, la jeune femme aux yeux rêveurs (interprétée par une Inés Efron à l’interprétation merveilleusement hors du monde) découvre non pas les plaisirs du célibat, mais ceux de la séduction, de l’incertitude, voire du chaos sentimental − un portrait finalement des plus modernes, féministes. Là où Cécilia hésite à sauter le pas dans La Rose pourpre du Caire, Soledad va donc se laisser pleinement aller dans les eaux de la fantasmagorie sentimentale pure, s’éloignant ainsi des déceptions et des souffrances des relations plus réelles − mais certainement, aussi, des beautés des relations réelles.
L’ombre de Woody Allen plane certainement sur Amorosa Soledad. Les relations sociales sont, évidemment, au centre du récit, et développées au long de sketchs liés les uns aux autres avant tout par les circonstances, et non par la volonté expresse des protagonistes. On comprend finalement la décision de Soledad, tant il semble que l’on doive subir plus que vivre en tout conscience les rapports avec l’autre. Toutes les rencontres, toutes les situations sont autant de morceaux d’anthologie, tous symboliques, tous portant, en plus du développement pur de l’intrigue, une signification didactique et/ou ironique, s’adressant au spectateur complice, un système de clin d’œil au centre de l’humour humaniste d’Allen. Ces références, les deux réalisateurs d’Amorosa Soledad les maîtrisent parfaitement, et l’on se prend à espérer trouver chez eux l’indice de la venue au cinéma d’une œuvre-miroir du maître new-yorkais.
Dans son prétentieux Two Days In Paris, Julie Delpy tentait sans la moindre once de modestie d’adapter la sauce Woody Allen à la capitale parisienne − résultant dans un ratage hautain. C’est peut-être finalement le pêché de modestie qui nuit au style de Victoria Galardi et Martin Carranza : maîtrisant manifestement la grammaire cinématographique de la comédie de mœurs onirique, le couple de réalisateur semble pourtant se refuser à aller plus loin, à tenter de se forger une identité formelle. C’est d’autant plus regrettable qu’Amorosa Soledad est parsemé d’idées de mise en scène brillantes, et nanti d’un scénario à l’agréable impression de vertige mis en abyme. Reste que l’intelligence formelle du couple de réalisateurs, et le charme certain d’Inès Efron, font d’Amorosa Soledad un film à découvrir, certainement le début d’une œuvre prometteuse, et à suivre.
Vincent Avenel