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Moi, Anna M., la trentenaire érotomane

Anna M.

réalisé par Michel Spinosa

Critiques > 10 avril 2007

critique du film Anna M., réalisé par Michel Spinosa

Sept ans après La Parenthèse enchantée, le réalisateur Michel Spinosa nous revient avec Anna M., portrait d’une trentenaire frustrée sombrant dans l’érotomanie la plus totale. Incarnée avec générosité par Isabelle Carré, Anna est un vrai personnage de cinéma, romanesque à souhait. Malheureusement, le réalisateur a choisi une approche un brin trop psychiatrique tout en oubliant de donner la moindre consistance aux seconds rôles.


Anna est une jeune femme discrète qui travaille à la Bibliothèque François Mitterrand où elle restaure des livres anciens. Sa morne existence se partage entre sa mère chez qui elle vit encore et son chien, le seul à lui demander de l’affection. Lassée, elle décide d’en finir en se jetant sous les roues d’une voiture ; la tentative échoue mais, grièvement blessée, elle rencontre le charmant Dr André Zanevsky (Gilbert Melki). Persuadée d’être secrètement aimée par cet homme qui donne soudainement un sens à son existence, Anna ne va pas cesser de le harceler et, devant son refus, les persécuter lui et sa femme.

L’obstination d’un personnage à en aimer un autre a souvent permis de créer des films romanesques à souhait, comme par exemple Lettre d’une inconnue de Max Ophuls (d’après la nouvelle de Stefan Zweig), L’Histoire d’Adèle H de François Truffaut ou encore Rebecca d’Alfred Hitchcock. Le profond décalage existant entre l’immobilisme des sentiments d’un des personnages et son entourage en continuel changement permet de révéler tout le tragique d’un amour sans retour. Solitude, espoir et aveuglement font le lot de ces films bouleversants parce que continuellement fiévreux et obsessionnels. C’est un peu ce dont aurait rêvé Michel Spinosa à travers le portrait de cette jeune érotomane qui s’entête à croire qu’un homme inconnu l’aime alors qu’il fait tout pour l’éviter. L’histoire est alléchante, d’autant plus qu’on sait Isabelle Carré capable de tout donner pour faire vibrer le drame intime de son personnage.

Seulement, plutôt que de privilégier le romanesque (bien plus cinégénique), Michel Spinosa a préféré une approche psychiatrique trop explicative et donc grossière qu’il justifie notamment en rappelant le nombre de documents qu’il a consultés pour faire exister plausiblement son personnage. Du coup, Anna M. est construit en trois parties clairement délimitées correspondant aux trois phases de l’érotomanie, telles qu’elles sont définies généralement par la psychiatrie : espoir, dépit et haine. Chaque scène obéit à cette construction et respecte minutieusement la chronologie du délire. C’est donc en toute logique qu’Anna multiplie d’abord toutes les tentatives de rapprochement (cadeaux, harcèlement), se décourage ensuite pour finalement faire vivre un véritable enfer au docteur Zanevsky et à sa femme. La mise en scène — élégante — obéit à cet encadrement minutieux, presque médical, qui isole d’autant plus la dérive de la jeune femme — au lieu de créer l’empathie espérée par le réalisateur — qu’elle est largement amplifiée par l’inexistence totale des seconds rôles. Se placer du point de vue d’Anna pour mieux comprendre son drame et pour mieux le rapprocher de nos propres angoisses n’excuse pas que l’on accorde si peu d’importance au reste. Du médecin effacé (Gilbert Melki, totalement absent) à sa propre femme (Anne Consigny, inexistante) au personnage de la mère bien trop en retrait alors que sa responsabilité dans le délire d’Anna n’est pas à négliger, il n’existe aucun contrechamp, rien qui puisse justifier l’existence d’un mur infranchissable entre ceux qui vivent et ceux qui rêvent de vivre. Tous ces personnages (ne parlons même pas du père des deux gamines qu’Anna décide de garder pour mieux persécuter l’homme qui la refuse) ne sont que des prétextes à tel point qu’ils vident le film de sa substance pour rendre le tout terriblement anecdotique.

Clément Graminiès

Images © Diaphana Films


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Anna M. (France, 2007). Durée : 1h46. Réalisation et scénario : Michel Spinosa. Image : Alain Duplantier. Montage : Chantal Hymans. Production : Patrick Sobelman. Interprétation : Isabelle Carré (Anna M.), Gilbert Melki (Dr André Zanevsky), Anne Consigny (Mme Zanevsky), Geneviève Mnich (la mère d’Anna), Gaëlle Bona (Éléonore), Samir Guesmi (la réceptionniste), Francis Renaud (Albert), Éric Savin (le père des deux fillettes)... Sortie : 11 avril 2007.

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