Il est blême, ton HLM
Critiques > 20 décembre 2005

Cité dortoir d’une Autriche blafarde. Trois récits imbriqués les uns dans les autres, sombres histoires d’amour pourrissantes, sexe, drogue sans rock’n’roll. Et une bonne dose d’humanité, une. Eva a la trentaine passée et recouche avec son vieil amant. Sonja, caissière dans un supermarché, s’invente une grossesse pour attendrir son mec à elle drôlement volage. Et Alex essaie de reconquérir Nicole à coup de baffes. Le portrait est loin d’être guilleret mais il est légitime. C’est de loin l’histoire de Sonja la plus touchante. D’abord parce que le cinéaste cherche à cerner avec le plus de méticulosité possible la trivialité de la vie de couple, truffée de petites lâchetés et de mensonges dégoûtants et ce en évitant le psychologisme bon marché. Et puis parce que l’œil de la caméra est ici en accord avec la tristesse du propos et s’applique à traduire avec finesse la déchéance du couple (silences...plans séquences...décor soigné). Malheureusement les deux autres récits (et surtout le premier) plombent le film qui ne se relève pas des 1001 maladresses formelles.
Gotz Spielmann cultive un ultra-naturalisme exacerbé par la platitude de la vidéo gauchement utilisée. Le parti pris esthétique, celui de l’image un peu sale, tourne au fadasse. Et par un curieux système d’échos, cette image sale n’est que le rappel d’une chair triste qui s’abandonne. Antares s’inscrit donc dans une veine sacrément réaliste, rien à dire de ce côté-là, mais que le cinéaste filme de manière banale et plate ; tout fout le camp. Exemple : le souci d’ « authenticité » (ou de provocation) de Spielmann le pousse à filmer les ébats d’Eva la trentenaire. Le pari est risqué et peut-être inutile. Provocation ? Fausse audace ? Challenge ? Reste que plutôt que d’avoir choisi de filmer une scène sexuelle avec le plus de crudité possible (le puritanisme n’est plus de mise), le cinéaste filme quatre étreintes maladroitement : la caméra suit les mouvements des acteurs dans d’interminables plan-séquence dans lesquels ils s’essoufflent au même titre que le spectateur. La mise en scène de Spielmann est ratée : ce n’est pas un gros plan sur le visage fatigué et cerné de l’actrice prise en levrette qui va arranger notre affaire, on croirait d’ailleurs presque surprendre notre voisine. Les plans sont très peu flatteurs pour les acteurs, et même si le cinéaste n’entend pas produire de l’érotisme mais bien du sexe, la mise en scène n’est pas à la hauteur de l’ambition de crudité. Ces plans ne servent rien ni personne, surtout pas les acteurs. Dommage vu les efforts considérables qu’ils ont dû fournir dans la simulation de la jouissance. Et puis Spielmann ne nous épargne rien et surtout pas les excentricités sexuelles ordinaires et assez pénibles. Voire la scène de voyeurisme où les protagonistes se tripotent dans une douche, sous les yeux ébaubis du maître d’hôtel.
Eva peut avoir envie de s’envoyer en l’air. Mais pourquoi en avoir tant fait dans la surenchère de cette chair triste qui va jusqu’à ternir le propos réaliste ? Et surtout pour quels résultats et au nom de quoi ?
Chloé Larouchi
Image © Equation