Rigoureusement écrites, les séquences d’Au bord de l’eau fonctionnent en autonomie, et tissent ensemble la thématique du film : la vieillesse. La toile narrative fait vaciller les rapports parent/enfant, sur le modèle de cette mère et cette fille, aussi vieilles l’une que l’autre.
Les actrices sont excellentes, de la même trempe que Brigitte Mira, comédienne des films de Fassbinder. La force humoristique d’Au bord de l’eau doit d‘ailleurs beaucoup aux acteurs. Les personnages qu’ils incarnent sont volontairement excessifs, proches de la caricature. La mise en scène assume pleinement ce parti pris en les filmant souvent en cadres fixes et de façon frontale : la place de la caméra est celle d’un miroir. De cette façon, les personnages sont révélés en tant qu’identités cinématographiques ; le spectateur intègre la dimension fictionnelle et concède à chaque personnage un trait de personnalité sur-développé qui le définit. C’est ainsi que le capitaine du navire est essentiellement traité comme un dragueur médiocre. Ce principe de caractérisation est similaire à celui de Trains étroitement surveillés du tchèque Jiri Menzel.
Les plans sont larges et le décor est actif dans la mise en scène, avec le même méthode que dans les films de Milos Forman (Au feu les pompiers !). Dans un plan, le champ dans toute sa profondeur est animé, et est potentiellement source d’humour. La fragmentation de l’espace visuel et sonore (son post-synchronisé), fait entrer en correspondance des éléments singuliers et travaille sur le décalage entre ce qui est dit et ce qui est montré.
Parodique, le film s’attaque aux névroses de l’humain avec comme arme la dégradation ou le grossissement. Mais la réalisatrice aime ses personnages et sait nous les rendre attachants : une candeur poétique embaume l’étoffe d’Au bord de l’eau.
Laurine Estrade