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Prophète en son pays
Critiques > 7 août 2012
Plus de dix ans séparent Quand on sera grand de Au cas où je n’aurais pas la Palme d’Or, et c’est justement cet entre-deux, qu’explore le nouveau film de Renaud Cohen. A mi-chemin entre biographie et fiction, Au cas où… narre la difficulté qu’éprouve Simon (interprété par Renaud Cohen) face à l’impossible écriture de son deuxième long métrage. Mais la découverte d’une étrange bosse sur sa tête va tout bousculer. Alors que l’origine du mal demeure difficilement identifiable (maladie, excroissance de naissance, message divin…), le danger et l’urgence incarnés par cette protubérance oblige le héros à accoucher d’un nouveau projet, coûte que coûte. Pour ne pas mourir sans avoir offert au monde son ultime film, peut-être un chef d’œuvre. Juste au cas où…
La malédiction de la page blanche qui s’abat, paraît-il, sur tout artiste face à sa deuxième œuvre (disque, film, livre…) sert de prétexte au second film de Renaud Cohen. Pourquoi chercher une fiction là où le réel produit une matière narrative permanente ? S’entourant de sa femme (qui interprète l’épouse de son personnage) et de ses enfants, Cohen s’essaie à l’autofiction cinématographique. Mais le titre s’avère rapidement prophétique, à la vue de ce métrage inégal, qui enquille les séquences comme autant de petites vignettes vécues. Sans doute amusantes pour un initié de la caste du monde du septième art, elles laissent circonspects tous les autres, spectateurs lambda qui n’ont pas la « chance » de naviguer dans le microcosme parisianiste du cinéma.
L’apparition d’une bosse sur le crâne de Simon sert de détonateur à l’action. Le temps est peut-être compté pour cet hypocondriaque patenté et la réalisation d’un nouveau film prend alors des allures de quête mystique et de testament artistique. Alternant les rendez-vous chez son producteur, frileux et fauché, les séances aux réunions des réalisateurs anonymes en mal d’inspiration et les repas familiaux tendus, le film essaie de jouer sur une large partition, du vraisemblable au spirituel (la judéité en fil rouge), du comique au mélodramatique sans jamais véritablement transcender son sujet. On reste au ras des pâquerettes scénaristiques. Quant à la mise en scène, elle pourrait rivaliser avec un téléfilm sans ambition. L’apparition successive de « stars » du cinéma n’y change pas grand chose. Julie Gayet ou Maurice Bénichou s’enlisent ainsi dans des rôles caricaturaux (l’actrice nympho et alcoolo et le double emploi Dieu/Rabbin), peu mémorables.
Phénomène littéraire, l’autofiction s’attaque aussi au cinéma. Mais on oublie trop souvent que raconter sa vie, si loufoque soit-elle, nécessite du talent. Film égotique, parisien et trop auto-référencé, Au cas où je n’aurais pas la Palme d’Or fait timidement sourire, émeut à micro-doses et ennuie considérablement. Un cocktail inodore et inoffensif qui incarne à merveille le repli sur soi d’un certain cinéma français, qui à force de se regarder le nombril oublie le monde.
Ursula Michel