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Ma vie sans moi

Azul

réalisé par Daniel Sánchez Arévalo

Critiques > 27 février 2007

critique du film Azul, réalisé par Daniel Sánchez Arévalo

Joli succès en Espagne en 2006, Azul Oscuro Casi Negro suit le parcours difficile de Jorge, jeune titulaire d’un master en gestion qui, par sacrifice envers son père handicapé, est en passe de rater sa vie professionnelle et sentimentale. Réaliste et parfois austère, ce premier long métrage ambitieux s’égare malheureusement dans des intrigues secondaires sans aucun intérêt, comme si le réalisateur refusait d’assumer totalement le désespoir de son personnage principal. Mille fois dommage pour ce cinéaste prometteur.


Jorge (Quim Gutiérrez) n’a pas une vie facile. Après avoir obtenu son diplôme en gestion par correspondance, le voilà lancé sur le marché du travail où son passé le rattrape sans cesse au point de ne jamais lui permettre de décrocher le poste espéré. Il faut dire qu’à près de 25 ans, le jeune homme n’a pas d’expérience professionnelle à faire valoir dans le domaine dans la mesure où le plus clair de son temps se partage entre son travail de gardiennage dans un immeuble et les soins pour son père, ancien gardien lourdement handicapé après un malaise cardiaque dont Jorge s’impute la responsabilité. Le titre du film (« bleu nuit presque noir » en français) rend justement compte de cette tristesse infinie qui ponctue le quotidien du jeune travailleur. Une tristesse qui a pourtant ses propres nuances avec quelques zones de clarté qu’il faut savoir attendre patiemment : le retour de Natalia (Eva Pallarés), une voisine et amie d’enfance qui s’accomplit sur le plan professionnel, et Paula (Marta Etura), la petite amie de son frère Antonio (Antonio De La Torre) restée en prison qui n’a qu’un seul désir : tomber enceinte.

Pour Jorge, trop encombré de responsabilités alors qu’il n’a pas encore construit sa propre vie, la question du choix se pose forcément : devenir par n’importe quel moyen un business man et rompre avec ses origines sociales ou tempérer cette frustration ? Attendre indéfiniment un geste de Natalia qui n’a pas besoin de lui pour vivre ou prendre d’autres responsabilités en enfantant la petite amie de son frère ? Avec une certaine acuité, Daniel Sánchez Arévalo suit le parcours chaotique de son personnage principal. Jamais il n’en fait trop même s’il ne résiste pas toujours à cette facilité qui consiste à encombrer certaines scènes délicates d’une musique un peu dégoulinante. Le réalisateur capte admirablement cette violence enfouie sous le corps robuste de Jorge, interprété tout en nuance et en sensibilité par Quim Gutiérrez, un jeune acteur très prometteur. Le réalisateur, qui ne se prédestinait pourtant pas à une carrière de cinéaste, fait également preuve d’un savoir-faire dans sa mise en scène, toute en sobriété. Là où on aurait pu craindre un film sans ambition formelle, Daniel Sánchez Arévalo ose quelques mouvements de caméra pertinents pour mieux dessiner l’absence de perspectives pour Jorge, compose minutieusement ses plans et sa profondeur de champ. L’appartement dans lequel vivent le jeune homme et son père est par exemple une cage étouffante cernée par la hauteur des murs de la cour.

Et pourtant, Azul Oscuro Casi Negro n’est qu’une semi-réussite, sans cesse polluée par ses personnages et ses intrigues secondaires qui ne viennent rien ajouter au parcours de Jorge. D’abord, s’il est celui par qui la rencontre avec Paula peut s’effectuer, le frère fraîchement sorti de prison reste désespérément ce petit délinquant à peine touché par la haine qui le lie à son propre père. Mais surtout, le film s’égare avec Israel (Raúl Arévalo), le meilleur ami de Jorge qui passe son temps à photographier depuis le toit d’un immeuble les clients d’un masseur gay jusqu’au jour où il découvre que son père s’y rend régulièrement. Du chantage à la curiosité, le jeune homme finit par se découvrir lui-même sensible aux charmes des hommes. Loin de cette retenue qui caractérisait l’histoire de Jorge et permettait au film de trouver un véritable équilibre, les mésaventures d’Israel semblent totalement hors sujet. Difficile de dire si le réalisateur a choisi ces « aérations » par crainte que son film ne soit trop lourd, le résultat en est du coup décevant. L’humour potache de ces quelques situations joue sur les clichés sans jamais vraiment les déjouer et ne se justifie que pour une seule jolie scène : lorsque Israel, touché par le sort de son ami, l’embrasse délicatement sur la joue pour le réconforter. Dommage car l’histoire de Jorge et des deux jeunes femmes qui traversent au même moment sa vie justifiait à elle seule l’existence de ce film. Une certitude, le second long-métrage de Daniel Sánchez Arévalo est attendu, en espérant que celui-ci ne répète pas les mêmes erreurs.

Clément Graminiès


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Azul Oscuro Casi Negro (Espagne, 2006). Durée : 1h45. Réalisation et scénario : Daniel Sánchez Arévalo. Image : Juan Carlos Gómez. Montage : Nacho Ruiz Capillas. Musique : Pascal Gaigne. Production : José Antonio Félez. Interprétation : Quim Gutiérrez (Jorge), Marta Etura (Paula), Antonio De La Torre (Antonio), Héctor Colomé (Andrés), Raúl Arévalo (Israel), Eva Pallarés (Natalia), Manuel Morón (Fernando), Ana Wagener (Ana), Roberto Enríquez (Roberto)... Sortie : 28 février 2007.

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