DVD > 9 novembre 2006
Sommaire
L’Education, p. 1
La Loi, p. 2
Contrastes et ambiguïtés, p. 3
La place du spectateur, p. 4
L’exception érotique, p. 5
Conclusion, p. 6
Les DVD, p. 7
L’éducation
De son expérience d’instituteur puis professeur en banlieue, Brisseau a gardé la conviction que l’éducation et l’accession à un être-au-monde conscient sont un enjeu majeur de la vie humaine. Un jeu brutal trace le parcours d’une jeune hémiplégique du refus de vivre et du ressentiment presque autiste à la sérénité grâce, notamment, aux cours particuliers peu ordinaires d’une ex-institutrice. Une bonne part des scènes de De bruit et de fureur se passent dans la classe d’un Centre d’Education Spécialisé, où un principal et une jeune professeur sont aux prises avec des élèves dissipés et pas loin de l’analphabétisme.
Dans les deux films (comme, plus tard, dans Les Savates du bon Dieu), l’ouverture au monde passe, entre autres, par l’apprentissage de la poésie : Isabelle (Un jeu brutal) et Bruno (De bruit et de fureur) doivent commenter des textes de Prévert, Baudelaire ou Verlaine, et trouver ainsi en eux les ressources pour essayer de voir le monde autrement, le ressentir, le comprendre. La beauté de ces scènes vient de ce qu’elles refusent le pur effet-révélation (ô prodige ! un poème et tout s’éclaire !) sans sacrifier pour autant à la croyance profonde en la possibilité du miracle : au terme d’un cheminement fait de refus (je ne veux rien savoir) et d’achoppements (je ne peux pas comprendre), les mots font leur effet, ouvrent une porte dans l’esprit de celui qui apprend.
Point d’angélisme, pourtant, ni de solution ultime. Brisseau a une conscience aiguë de la relativité de la pédagogie, de sa puissance et de ses limites : la nécessaire impureté dans la construction de chacun et la complexité des choses du monde font qu’il n’est aucune méthode parfaite, respectueuse de chacun et convenant à tout le monde. Malgré les efforts et la tendresse de son enseignante (scène superbe où elle lui apprend à danser sur une version poignante d’Aux marches du palais par Nana Mouskouri... si, si !), malgré ses progrès évidents, Bruno ne trouvera pas sa place sur cette terre qui lui posait tant question. L’accès à la conscience de son ami Jean-Roger (François Négret, acteur intense et rare) ne se fera pas par la voie de l’éducation. Question de personnalité, peut-être : Thierry, grand frère de Jean-Roger, ne se sent pas à sa place dans sa famille et dans sa banlieue, et aspire de son propre chef à la vie des “gens bien”.
Par ailleurs, Brisseau n’exclut pas l’efficacité de la méthode forte : dans Un jeu brutal, la progressive acceptation de soi-même et de l’autre par Isabelle passe autant par les séances relaxantes d’écoute de la nature que lui donne Annie, par la découverte de la sensualité et de l’amour, que par l’implacable sévérité de son père, qui l’oblige à se lever aux aurores et l’enferme dans sa chambre, privée de repas, dès qu’elle se montre récalcitrante ou insolente... Il ne balaie pas non plus la jouissance de la transgression : voire la spectaculaire scène de chahut au CES, qui n’est pas sans rappeler le Jean Vigo de Zéro de conduite, mais où l’odeur de liberté n’efface en rien l’effroi du chaos qui submerge la pauvre Fabienne Babe : sensation de gâchis et élan libertaire vont ici de pair.
DVD 1 :
Un jeu brutal (1983). Scénario et réalisation : Jean-Claude Brisseau. Image : Bernard Lutic. Montage : Marie-Françoise Coquelet, Roger Guillot, Maria Luisa Garcia. Musique : Jean-Louis Valéro. Production : Margaret Menegoz pour Les Films du Losange. Interprétation : Bruno Cremer (Christian Tessier), Emmanuelle Debever (Isabelle), Lisa Heredia (Annie), Albert Pigot (Pascal), Lucien Plazanet (Lucien), Jean Douchet (Professeur Marchal), Humbert Balsan (le présentateur du JT)... Format 1.37 respecté (4/3). Durée : 87 min.
« Leçons de cruauté » : entretien avec Jean-Claude Brisseau. 20 min.
L’Echangeur (1982). Téléfilm de Jean-Claude Brisseau. 23 min.
Bande-annonce d’Un jeu brutal.
DVD 2 :
De bruit et de fureur (1988). Scénario et réalisation : Jean-Claude Brisseau. Image : Romain Winding. Montage : Maria Luisa Garcia, Jean-Claude Brisseau, Annick Hurst. Production : Margaret Menegoz pour Les Films du Losange. Interprétation : Vincent Gasperitsch (Bruno), François Négret (Jean-Roger), Bruno Cremer (le père de Jean-Roger), Thierry Helaine (Thierry), Lisa Heredia (l’apparition), Fabienne Babe (la professeure), Fejria Deliba (Mina)... Format 1.37 respecté (4/3). Durée : 90 min.
« La Chute et l’envol » : entretien avec Jean-Claude Brisseau. Durée : 26 min.
« Morceaux choisis » : commentaire de quelques scènes par Jean-Claude Brisseau. Durée : 27 min.
Brisseau cinéaste : documentaire de Luc Ponette sur le tournage de De bruit et de fureur. Durée : 40 min.
Bande-annonce de De bruit et de fureur.