Bla bla bla ? / bla bla bla !
Critiques > 7 juin 2006

Un homme. Une femme. Jadis, ils se sont aimés passionnément, se sont mariés puis se sont séparés. Plusieurs années plus tard, ils se retrouvent par hasard lors d’un mariage. Au gré de leur discussion, vont-ils envisager la possibilité de retomber amoureux l’un de l’autre ?
C’est tout ? Oui. Sur cette trame narrative très mince et éminemment casse-gueule, le réalisateur Hans Canosa (dont c’est le second film) entend nous captiver pendant près d’une heure trente au cours de laquelle les deux comédiens vont jouer (parfois brillamment) une partie de ping-pong qui s’apparente d’évidence bien plus à l’exercice théâtral qu’au langage cinématographique. Impression renforcée par l’unité de lieu (une salle de banquet vide, une chambre d’hôtel) et la quasi absence de personnages secondaires. Pour faire passer la pilule, Hans Canosa a quand même une idée : tourner avec deux caméras et monter tout le film en "split-screen". Popularisé notamment par Brian de Palma, le principe a, a priori, de quoi surprendre dans un registre aussi intimiste. Du début à la fin, l’écran est donc divisé en deux : d’un côté, elle (Helena Bonham Carter) ; de l’autre, lui (Aaron Eckhart). Le procédé, irritant au début, finit par séduire : en séparant par la forme ses deux protagonistes qui passent pourtant l’essentiel du film côte à côte, le réalisateur révèle tout ce qui est rendu habituellement impossible par le traditionnel champ/contrechamp. Chaque mot prononcé par l’un pèse sur le visage et les gestes de l’autre. Canosa réussit en quelque sorte un petit tour de force : traduire de façon cinématographique l’interactivité qui définit l’espace théâtral.
Hélas, malgré cette brillante proposition de mise en scène, Conversation(s) avec une femme tourne très vite à vide. La faute à la platitude d’un scénario aux dialogues confondants d’ineptie. Hans Canosa et sa scénariste Gabrielle Zevin n’ont visiblement pas grand chose à dire de neuf sur l’amour, le temps qui passe, les remords, les regrets, etc. et les bavardages de leurs personnages tombent bien vite dans la caricature, malgré tout le talent des deux comédiens. S’ajoutent des épisodes en flash-back (toujours en "split-screen") aussi inutiles que mièvres dans lesquels nos deux héros rajeunis batifolent dans les prés et sous la couette : c’est beau comme un clip de James Blunt. Quand, au bout de trois quarts d’heure de verbiages les deux ex-futurs-tourtereaux se décident enfin à remettre le couvert, on les pousserait bien hors du lit pour y piquer un petit somme. Et l’écran, toujours scindé en deux, ne devient plus qu’une abrutissante distraction pour l’œil du spectateur, épuisé par la fadeur du propos.
Fabien Reyre
Image : © MK2 Diffusion