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À jouer sur la dramatique du grand écart, de ce couple que-tout-sépare-mais-que-pourtant-tout-réunit, Tawfik Abu Wael creuse un fossé d’incompréhension. Pas tant que le déterminisme social et la différence d’âge ne suffisent pas à rendre crédible une intrigue pourtant nébuleuse, mais il manque cruellement à ce film un propos qui dépasse son petit postulat narcissique. Alors oui, on pourrait se féliciter que pour une fois un film se déroulant à Jérusalem évacue presque tout contexte géopolitique, il n’en reste pas moins que le vide laissé est rempli à la va-vite par ce qui constitue une forme de minimum garanti du film d’auteur.
Entre ellipses censées jouer la fonction de catalyseur des troubles, musique sur-signifiante et symboles appuyés à la dualité du couple (des plans avec des miroirs, Nour interprétant le rôle de deux sœurs dans une pièce), ce récit de l’implosion ordinaire d’un ménage fait du non-dit un académisme barbant, laissant au spectateur la responsabilité de décider de ce qui fait sens ou non. Cette démission face à un récit classique d’amour contrarié laisse pantois, et se trouve renforcée par la roublardise d’un scénario qui dirige tout sans se prononcer sur rien.
Ne restent alors que quelques appels du pied à se mettre sous la dent (L’enfant que porte Nour en son sein est-il bien celui d’Iyad ? Se rendre à Paris constitue-il la traduction d’un désir de fuite à mettre en corrélation avec la situation israélo-palestinienne ?), et un duo d’acteurs qui se démène tant bien que mal à l’intérieur de ce marasme. Mais le peu d’attention portée aux convictions des personnages referme toute hypothèse métaphorique, ou par exemple d’un récit de classes, et replie symétriquement le film sur cette indécision du grand écart. On peut alors, au choix, prendre le maigre parti du « trop vieux pour elle » ou du « trop jeune pour lui ».
Julien Marsa