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Guantanamo pour les nuls

Détention secrète

réalisé par Gavin Hood

Critiques > 8 janvier 2008

critique du film Détention secrète, réalisé par Gavin Hood

Depuis quelques années, Hollywood n’est pas content. Dans ce havre de paix résolument démocrate, réalisateurs, scénaristes et stars s’unissent pour proposer toutes sortes de fictions ou documentaires critiquant ouvertement l’administration Bush, et plus précisément sa politique étrangère. Ces derniers mois, des films comme Dans la vallée d’Elah de Paul Haggis, Lions et agneaux de Robert Redford ou Le Royaume de Peter Berg ont permis à leurs auteurs de prêcher la bonne parole, dénonçant avec vigueur l’engagement militaire des États-Unis au Moyen-Orient, le désintérêt du gouvernement pour ses soldats et la paranoïa post-11-Septembre qui ronge le pays entier, poussant chacun à voir en son voisin un terroriste potentiel. Dernier brûlot en date : le premier long-métrage américain du réalisateur sud-africain Gavin Hood, lauréat de l’oscar du meilleur film étranger en 2006 avec Mon nom est Tsotsi. Avec sa pléthore de stars engagées au générique, Détention secrète est, comme ses prédécesseurs, un film tellement fier de son pedigree qu’il en oublie totalement sa fonction première : proposer un point de vue, qu’il soit esthétique ou scénaristique. Un film qui ne fait avancer ni la politique, ni le cinéma.


« La guerre, c’est moche », « la torture, c’est mal », « les politiciens, ils sont méchants » : grâce à Gavin Hood, le peuple américain a pu apprendre un tas de choses importantes en mangeant son pop-corn dans des multiplexes climatisés (hélas, l’impact de ce beau message aura été minime : Détention secrète est l’un des plus beaux bides de cet automne avec à peine 9 millions de dollars de recettes au box-office américain). Reconnaissons tout de même au réalisateur et à ses producteurs une volonté pédagogique tout à fait honorable : dénoncer, une fois encore, la catastrophique politique étrangère de George W. Bush et utiliser un casting de stars pour intéresser le grand public à l’épineux sujet des « renditions », ces pratiques illégales qui consistent en l’extradition de suspects potentiels dans la lutte contre le terrorisme, soumis à des tortures, maltraitances et autres détentions prolongées interdites sur le sol américain. L’histoire, fictive mais plausible, est édifiante : de retour d’un voyage à l’étranger, un ingénieur chimiste américain d’origine égyptienne, Anwar El-Ibrahimi (Omar Metwally), est enlevé par la CIA, qui le soupçonne d’être un terroriste impliqué dans un attentat meurtrier dans un pays indéterminé d’Afrique du Nord. Secrètement emprisonné, il est interrogé par Douglas Freeman (Jake Gyllenhaal), un analyste de la CIA ayant survécu à l’attentat, dont c’est la première mission. Pendant que la femme d’Anwar (Reese Witherspoon) remue ciel et terre aux États-Unis pour obtenir des informations sur la disparition inexpliquée de son mari, Freeman commence à avoir des doutes sur la culpabilité du détenu.

Passons sur la facilité scénaristique qui consiste à faire du faux coupable un citoyen américain (certes d’origine étrangère) marié à la blonde et douce Reese Witherspoon. Si la sensibilisation du spectateur lambda à la politique illégale pratiquée par le gouvernement US doit passer par l’identification (« C’est un honnête et prospère Yankee marié à la Petite fiancée de l’Amérique ! ») menant logiquement à l’indignation (« Il est ingénieur ! Il a des enfants avec Reese Witherspoon ! Ils habitent dans un beau pavillon de banlieue ! Comment peut-on le traiter de la sorte ? »), soit... Le propos du film aurait pourtant été différent, et nettement plus intéressant, si les scénaristes avaient fait de la victime un ressortissant étranger : aurait-il plus, moins ou autant éveillé les soupçons de la CIA, et provoqué la même empathie chez le spectateur, s’il avait vécu à Bagdad ?

La question peut paraître un poil tatillonne, pourtant elle est symptomatique d’un film qui compile tous les travers d’un cinéma « engagé » qui donne bonne conscience, mais s’abstient de creuser les questions qu’il soulève. Car, à part dénoncer le mépris des puissants (personnifié par le personnage de Meryl Streep en chef de la CIA et salope intégrale, mais moins drôle que dans Le Diable s’habille en Prada) et le racisme ordinaire (le délit de sale gueule et de sale nom qui fait de Anwar une victime), Détention secrète est loin d’être le pavé dans la mare annoncé. Au lieu d’enclencher un débat sur la politique étrangère de l’administration Bush ou de s’interroger sur ce que de telles pratiques révèlent de la plus grande démocratie du monde, Gavin Hood se contente d’appuyer avec outrance sur la corde sensible, abusant de gros plans sur le visage éploré de Reese Witherspoon dont le personnage ne sert strictement à rien, sauf d’alibi pour les innombrables trous d’un scénario qui ne s’embarrasse guère d’une quelconque crédibilité (comme par miracle, Reese Witherspoon a un ex-boyfriend qui travaille pour le sénateur). Fort heureusement, Gavin Hood nous a gardé le meilleur pour la fin. Jake Gyllenhaal, pris de remords, aide le faux suspect à s’échapper et le vrai coupable est révélé : un jeune garçon embrigadé par les islamistes qui, dans l’attentat, a également tué sa petite amie, qui n’est autre que... la fille du bourreau d’Anwar, qui voulait marier sa fille à un homme qu’elle n’aimait pas. Ne perdez pas votre temps, revoyez plutôt Paradise Now ou Syriana.

Fabien Reyre

Images © Metropolitan FilmExport


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Détention secrète (Rendition, États-Unis, 2007). Durée : 2h02. Réalisation : Gavin Hood. Scénario : Kelley Sane. Image : Dion Beebe. Montage : Megan Gill. Musique : Paul Hepker, Mark Kilian. Production : Steve Golin, Marcus Viscidi. Interprétation : Jake Gyllenhaal (Douglas Freeman), Reese Witherspoon (Isabelle El-Ibrahimi), Meryl Streep (Corinne Whitman), Alan Arkin (sénateur Hawkins), Omar Metwally (Anwar El-Ibrahimi), Peter Sarsgaard (Alan Smith)... Sortie : 9 janvier 2008.

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