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Exit, una storia personale

réalisé par Massimiliano Amato

Critiques > 22 février 2011

critique du film Exit, una storia personale, réalisé par Massimiliano Amato

En suivant l’itinéraire d’un jeune psychotique en cavale, le réalisateur italien Massimiliano Amato offre une plongée brute dans l’univers de la maladie avec, en contrepoint, le regard compatissant de ceux qui n’auront jamais les outils pour comprendre. Servi par des acteurs sobres et déterminés, le film souffre néanmoins d’une forme un peu poseuse et parfois gratuite, en dépit de jolis moments de grâce.


Il est toujours assez téméraire pour un réalisateur de construire entièrement un projet autour du thème de la psychose, notamment lorsque celui-ci ne devient pas prétexte à transcender la mise en scène en appliquant la fameuse recette hollywoodienne du Bigger Than Life (cf Black Swan, actuellement en salles et auréolé d’un succès considérable). On sait que le sujet ne déplace pas les foules mais il attise toujours une certaine curiosité puisqu’il va toujours poser la question du parti-pris du réalisateur à traiter son sujet (le genre, le thème ou le personnage), et des moyens qui seront donnés au spectateur pour pénétrer cet univers torturé. Les uns choisissent la grandiloquence hystérique, les autres misent plutôt sur une retenue introspective. Massimiliano Amato fait partie de la seconde catégorie et s’est ici risqué à faire d’un jeune homme psychotique et en marge de la société son principal point d’accroche et d’identification, se reposant sur un acteur peu vu jusqu’ici mais néanmoins très talentueux, Luca Guastini. Marco, le jeune homme qu’il interprète ici, est un jeune patient bouleversé par le suicide de son compagnon de chambre qui décide de demander à son frère de l’assister pour lui-même mettre fin à ses jours. Plutôt isolé jusqu’ici, Marco va renouer avec un membre d’une famille toujours restée en hors-champ. Les deux hommes, entre tâtonnement et questionnements existentiels, vont se retrouver embarqués dans une cavale contre la mort.

De l’empathie, le réalisateur en a pour ses personnages. De Marco, qu’il ne cesse de filmer en plans rapprochés comme pour mieux souligner la prison dans laquelle sa maladie l’enferme, à Nina, la petite amie du frère Davide qui ne supporte plus d’assister à "ce jeu de massacre", les personnages existent dans leur complexité toute humaine, emprunts d’élans et de contradictions que le regard du réalisateur embrasse avec une générosité certaine. Toujours prompte à placer ses personnages dans un contexte qui les porte ou les écrase, la caméra donne une place prépondérante aux corps des acteurs et c’est probablement dans ces moments-là que le film atteint une certaine grâce. Parmi les plus beaux passages, on pourra retenir le passage où Marco rencontre une prostituée hollandaise. Jouant avec une douce mélancolie sur la représentation du corps − un instant familier puis soudainement étranger − que le jeune psychotique se construit (puis détruit), le réalisateur suspend son film aux pensées vagabondes de son personnage et parvient à le déconnecter un court instant de tous les enjeux extérieurs. Plus globalement, c’est cette capacité à scruter le corps en fuite qui fait la force du bien nommé Exit, una storia personale.

Là où le film pêche, c’est dans cet excès de stylisation qui plombe parfois l’empathie que l’on pourrait avoir pour les personnages, rendant la mise-en-scène un brin tape-à-l’œil. On comprend bien que le réalisateur, s’il n’adopte pas la recette du Bigger Than Life, n’est pas non plus dans la posture documentaire. Si tout est tourné en décors et en lumières naturels, Massimiliano Amato ne se départ pas de quelques effets de style qui, s’ils intriguent au début, peuvent finir par lasser. La nervosité du montage et les mouvements incessants de caméra trahissent un peu trop l’intention d’un cinéaste qui cherche à faire corps avec son sujet et qui croit, un peu naïvement, qu’il faut nécessairement briser la fluidité des scènes pour mieux rendre compte du chaos qui habite Marco. Très rapidement, on sent que le réalisateur fait fausse route et que ce choix dessert un peu la sincérité de son projet. Les effets tombent parfois dans la gratuité et laisseraient entendre que le choix du sujet serait surtout lié aux opportunités stylistiques qui lui sont liées. C’est dommage car là n’était sûrement pas l’intention du cinéaste.

Clément Graminiès


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Exit, una storia personale (Italie, 2010). Durée : 1h20. Réalisation : Massimiliano Amato. Scénario : Massimiliano Amato. Image : Massimiliano Amato. Son : Marcos Molina Jaime. Montage : Lorenzo Morganti. Musique : Francesco Perri. Production : Massimiliano Amato. Interprétation : Luca Guastini (Marco Serrano), Nicola Garofalo (Davide Serrano), Marcella Braga (Nina), Paolo Di Gialluca (Dr Carraci). Sortie : 23 février 2011.

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