Menu principal
Le film de la semaine
------- Partenaires -------

Portrait d’un tournage

Familystrip

réalisé par Lluís Miñarro

Critiques > 22 mai 2012

critique du film Familystrip, réalisé par Lluís Miñarro

On connaît Lluís – ou Luis – Miñarro comme un producteur de films avisé : son nom est notamment associé aux derniers films d’Oliveira, à Albert Serra, voire – loin de ses racines catalanes – à Oncle Boonmee. Cependant, on peut se demander si ce CV flatteur n’a pas joué plus que de raison dans l’accession aux salles de cette première réalisation, pas totalement dénuée d’intérêt, néanmoins anecdotique.


C’est l’occasion qui fait le larron. En 2009, Lluís Miñarro et ses parents se font tirer le portrait par un peintre local, dans une posture classique : eux assis et tenant chacun un objet métaphorisant au mieux ce qui les définit, lui debout au centre et appuyé sur eux. Pendant qu’ils posent, le fils fait parler les anciens : sur la rencontre de ce Catalan et de cette Andalouse au temps de la république espagnole des années 1930, sur les tourments de la guerre civile où papa a été aviateur, sur le carcan social concernant les pratiques sexuelles, sur les naissances successives, etc. Et dans la foulée, il décide de filmer le processus, et de se filmer en train de le filmer – en noir et blanc [1], choix qui, un peu plus qu’une coquetterie de festival, a l’avantage d’appuyer le peu d’importance qu’il accorde au résultat de la peinture, lui préférant la captation des postures et de la parole. Voilà : Familystrip est en quelque sorte un film de famille parvenu sur grand écran, prenant bêtement au mot la définition d’un film comme « documentaire sur son propre tournage » (dixit Rivette), et dont on espère que son intérêt dépasse le simple déballage familial inoffensif et la satisfaction de se regarder filmer. C’est – un peu – le cas.

Familystrip ne tire guère de matière des évocations des parents, pas inintéressantes en elles-mêmes (sauf pour les plus blasés – et ils sont nombreux parmi les critiques de cinéma...), mais qui n’amènent ici aucun approfondissement, aucune piste à suivre pour que le film puisse dépasser résolument son petit cadre autocentré. Lluís Miñarro, de toute évidence, est attiré par autre chose. Tirant profit de la fixité des positions attribuées à chaque intervenant (parents en pose, peintre, équipe de tournage), c’est sa caméra qui crée la matière en tâchant de matérialiser les interactions entre chacun. Elle va et vient entre le père et la mère tandis qu’ils devisent en s’adressant parfois l’un à l’autre, comme si elle traquait une transmission invisible et non dite, absente des dialogues, entre les amants de longue date. Sur ce, d’autres s’immiscent dans la conversation pour l’entretenir, tels des intrus amenés par des plans cut et des voix off : le peintre, mais aussi la preneuse de son, un opérateur caméra... Le fils Miñarro se substitue en quelque sorte au peintre, pour élargir le cadre de papa et maman à un portrait de groupe, se laissant aller à filmer ce microcosme où on s’efforce de communiquer des expériences, des parts de vérité. Il n’ignore pas pour autant ces moments où les individus s’écartent de cette communion et se retirent en eux-mêmes, comme dans ce plan du peintre au repos, isolé dans un coin sous une photo de Chaplin, et dont on apprendra au générique de fin qu’il s’est donné la mort peu de temps après, à l’âge de 27 ans (les parents Miñarro sont également décédés, de leur grand âge, dans les mois qui ont suivi le tournage). Familystrip tire sa modeste valeur de cela, de cette peinture des échanges dans une communauté éphémère, jusqu’au plus trivial (la scène de repas réunissant tout ce monde pour l’anniversaire de Lluís : un brin complaisante dans l’appel à la convivialité et le centrage sur soi). Pas tout à fait un premier film pour rien.

Benoît Smith

Notes

[1] Pourquoi faut-il que les photos de presse de films récents tournés en noir et blanc soient toujours en couleur ?


Ecrire au rédacteurEcrire au
rédacteur
Lier cet articleLier cet
article
Imprimer cet articleImprimer
cet article
Télécharger en pdfTélécharger
en pdf
Envoyer l'article par mail envoyer
par mail

Réseaux sociaux
  • Facebook
  • Digg
  • Del.icio.us
  • Technorati
  • Scoopeo
  • Wikio
  • Reddit
  • Google
  • Furl
  • Live
  • Blogmarks


Espagne, 2009. Durée : 1h10. Réalisation et idée : Lluís Miñarro. Image : Pablo García Pérez de Lara, Christophe Farnarier. Prise de son : Verónica Font. Montage : Sergi Dies, Valentina Mottura. Mixage : Francesc Nadal. Post-production : Oscar Peláez. Musiques : Méditerranéen de Georges Moustaki, Il Mondo de Jimmy Fontana, The Fairy Queen de Henry Purcell. Production : Eddie Saeta. Avec : María Luz Albero Clavo (la mère), Francesc Miñarro Bermejo (le père), Lluís Miñarro, Francesc Herrero (le peintre), Pablo García Pérez de Lara, Verónica Font... Sortie : 23 mai 2012.

Soutenir | Légal | Privée | Partenaires & liens    [Valid RSS]
test
Site internet:Al, creation site internet, graphiste freelance