La (Toute) Jeune Critique
Critiques > 25 mai 2009
Texte écrit par Céline Krawczyk et Laure Weiss, Lycée Louis Armand, Chambéry :
A l’aube, comme entre deux mondes, la maisonnée s’éveille pour recommencer une journée ordinaire. La grand-mère, façonnée par une vie à la campagne, va vendre ses fromages au bord de la route. Une longue journée pour une maigre récompense. Même combat pour sa fille, cuisinière dans une maison de riches Chiliens, qui doit choisir entre une nouvelle robe ou le rétablissement de l’électricité dans sa maison.
Caméra à l’épaule et plans rapprochés nous immergent dans l’intimité des personnages et nous révèlent la rupture : l’atmosphère familiale chaleureuse s’oppose à celle, hostile et individualiste, de la ville. Chaque personnage est suivi du matin au soir, du moment où il quitte sa maison à l’instant où il retrouve les siens. Sans musique, le spectateur suit quatre narrations différentes de la journée. Des plans serrés, des images qui stimulent nos sens, nous sommes orientés vers quatre mondes singuliers. Leur cocon familial figuré par des images picturales nourries de lumière rend les membres de la famille terriblement esseulés dès qu’ils se séparent. Honteusement attirés par une nouvelle robe ou par une console de jeu, ils n’osent partager ce qu’ils considèrent comme des entorses à leurs traditions. Leur monde périclite, ils le savent. Mais on n’en parle pas, on évite d’y penser, on essaie simplement de suivre la cadence si rapide que la mondialisation impose finalement à tous. Les acteurs non professionnels sont filmés comme dans un documentaire et nous font oublier jusqu’à la présence de la caméra.
Le réalisateur Alejandro Fernandes Almandras a réussi à capter toute la lumière et les couleurs du Chili sur sa pellicule.
Texte écrit par Elise Laville, Philippe Meistermann, Lycée Bartholdi, Colmar :
Quatre personnes. Trois générations. Un lien. Le repas de famille représente le seul moment où la solitude omniprésente de la vie qu’ils mènent disparait. Le premier long métrage du réalisateur chilien Alejandro Fernandez Almendras peint le tableau néo-réaliste de la vie de quatre paysans pauvres de son pays. Successivement, le quotidien morne de chacun d’eux nous est présenté sous un angle où le visage et le regard deviennent instruments du partage des sentiments.
Une heure et demie durant, le réalisateur s’efforce de nous faire ressentir l’ennui et la monotonie du quotidien des protagonistes. Un ennui renforcé par l’absence de musique qui rythmerait la trame. Si l’empathie peut gagner le spectateur de façon sporadique, la pesanteur des journées qui s’écoulent, défilant inlassablement sous ses yeux, se traduit par le peu d’émotions éprouvées.
Un moment (très) long pour nous rappeler les effets pervers de la mondialisation.
Texte écrit par Erwin Etsi et Jean-Robert Nemi, lycée Marcelin Berthelot, Pantin :
Suite aux cas de grippe mexicaine, nous sommes confrontés, à une nouvelle pathologie provoqués par Huacho (littéralement « bâtard », délaissé ) : la grippe cinématographique. En effet, au début du film, en tant que spectateur, on peut risquer de se retrouver dans un état léger de léthargie, mais qui se trouve secondé par un sentimentalisme relatif aux personnages. Par ailleurs, Alejandro Fernández Almendras, ce nouveau réalisateur chilien, pose un regard tendre sur le monde dans lequel il a grandi, et ceci à travers une famille chilienne issue de la tradition, confronté au cours des trois génération de plus en plus à la modernité. Entre PSP et Coca Cola, la mondialisation s’immisce dans l’histoire de chacun de ces personnages par petites touches, tel un tableau pointilliste, tout comme les membres de cette famille, se retrouvent Huacho par dépit, car cette globalisation qui leur est imposée, les obligent à s’adapter au monde contemporain. Ainsi chacun doit céder sur ses valeurs personnelles pour répondre aux critères du monde actuel.
Dans ce film, quatre histoires, trois générations, deux acteurs particulièrement émouvants ( ( la plus âgée : la grand mère et le plus jeune : un collégien), une seule issue pour tous : survivre dans un monde difficile où sont dictées des lois qui les dépassent. Au fil du film, chacun d’eux arrivera t-il à trouver sa lumière ?
Texte écrit par Alix Weidner et Olga Benne, Lycée Paul Valéry, Sète :
« Un jour ou l’autre, nous serons tous heureux » : voilà ce qu’apprend Manuel à l’école. Cet idéal, que la société de consommation pense pouvoir atteindre par le bien être matériel, n’est pas sans influence sur le jeune garçon. Lui et sa famille de paysans, ont pourtant bien du mal à s’adapter à tant de modernité, dans un Chili secoué par les remous de la mondialisation.
Si certains seront lassés par ce sujet parfois trop présent dans l’actualité, d’autres apprécieront la subtilité avec laquelle le réalisateur -Alejandro Fernàndez Almendras- aborde les thèmes de l’intégration, de la solitude et de la survie.
Dans sa volonté de rester proche de la réalité, ce dernier fait le choix de se focaliser tour à tour sur chacun de ses personnages au cours d’une même journée. C’est par des plans rapprochés et silencieux que l’on peut percevoir toute la solitude de cette famille chilienne en difficulté.
Revendiquant une certaine lenteur, le cinéaste assume ce parti-pris, se confortant dans son désir d’objectivité. De la grand-mère qui tente de gagner sa vie en vendant ses « quesos frescos » (fromage frais), à la mère qui n’hésite pas à sacrifier ses plaisirs personnels pour joindre les deux bouts, le film s’attache à monter les choses telles qu’elles sont, sans tomber dans un pessimisme et une morale dénonciatrice. Ce sont aussi des personnages profondément humains qui sont dépeints ; témoins de leur quotidien, on sourit quand le grand-père, bon vivant, se dit « un peu ivre »en sortant du bistrot, on pardonne quand la grand-mère trahit ses concurrentes, et on comprend quand le petit Manuel, envieux de ses riches camarades, est prêt à tout pour des jeux vidéos, qui lui permettent de s’évader et de s’intégrer. Malgré la gravité de leur situation, on ne peut passer à côté de la tendresse qui unit cette famille. Sans être gai, il émane de ce film une agréable luminosité : les scènes ensoleillées et les repas autour d’une bougie montrent un Chili injuste certes, mais chaleureux.
S’ils n’ont pas atteint un bonheur conforme à celui que nous dicte notre société, c’est que la question de la survie est encore plus importante. Au final, le problème ne se pose même pas, et cette famille –à l’image de milliers d’autres- doit malheureusement se contenter de brefs moments d’évasion et de douceur.