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Petit drame en famille
Critiques > 10 juillet 2012
Yvan (Denis Ménochet), largué par sa femme partie avec son amant en Thaïlande voilà cinq ans, peine à s’en remettre. Incapable d’élever lui-même ses deux filles, laissées en cadeau souvenir par son ex, il les refile à sa sœur, Ariane (Léa Drucker), une hippie bourrée de TOC qui remplit tant bien que mal son rôle de mère de substitution. Mais, le désordre ne s’arrête pas là. Emmanuelle (Vanessa Paradis), nouvelle collègue de travail d’Yvan, ne le laisse pas indifférent et Léo, le petit garçon que son ex a eu avec un autre homme, atterrit dans sa vie sans crier gare.
Sur ce scénario qui compile pêle-mêle, divorce, recomposition familiale, solitude, histoire d’amour et parentalité, Cécilia Rouaud tente le grand écart entre drame et comédie romantique. Mais la sauce a du mal à prendre car au-delà des ressorts narratifs poussifs qu’il faut accepter, Je me suis fait tout petit ne parvient jamais véritablement à s’ancrer dans l’un ou l’autre genre. Le numéro d’équilibriste fait s’enchaîner des moments trop pathétiques pour être honnêtes (le petit garçon ballotté dont personne ne veut, la fêlure d’Ariane, stérile et névrosée, les conflits entre Yvan et ses deux filles adolescentes…) et des instants calqués sur les comédies romantiques américaines (les deux tourtereaux qui se découvrent lors d’une séquence musicale censément intimiste, drôle et bourrée de complicité, une scène de ménage où Yvan dépoussière ses meubles au son d’un hit des années 1980…). Sans être détestables, ces séquences soulignent surtout l’indigence créative au cœur du film. Le spectateur n’est jamais surpris par les diverses péripéties des personnages. Quant à la caractérisation de ceux-ci, elle rappelle systématiquement que la lisière entre caractérisation et caricature est fine si on n’y prend pas garde. Emmanuelle, la jolie prof d’arts plastiques est évidemment une bobo dont la fille s’appelle Plume. La belle-sœur d’Yvan, pleine de préceptes éducatifs et de certitudes, adopte un enfant turbulent et insupportable. Ariane la hippie boit du thé dans un décor entre vide-grenier afghan et ashram d’importation. Bref, les clichés ont la vie longue et ils semblent servir ici de fiches signalétiques psychologiques à chaque protagoniste, au détriment d’un récit qui, s’il avait bénéficié d’une écriture plus ambitieuse, leur aurait donné la chair qui leur manque.
Les premiers films sont souvent l’occasion pour un cinéaste d’expurger les thèmes qui le hantent. Rien d’approchant dans Je me suis fait tout petit, qui brasse des poncifs éculés, mais enrobé par le jeu de ses actrices (Léa Drucker en tête) et l’humilité de sa réalisatrice (ou son manque d’ambition peut-être), le film se taillera sans doute une belle audience lors de sa diffusion télé.
Ursula Michel