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La règle de l’art
Rétrospectives > 28 février 2006
Les années 1930, années fastes du cinéma français. Acteurs, scénaristes, réalisateurs, sans oublier chef op’ et compositeurs conjuguent leur talent pour produire les chefs d’œuvre qu’on connaît : Le Quai des brumes, La Grande Illusion, La Règle du jeu, La Kermesse héroïque, etc. Grâce à l’invention du cinéma parlant, Pagnol et Guitry font des merveilles du « théâtre filmé », qui, quoi qu’on en dise, ne se réduit pas à la simple mise sur pellicule d’une pièce de théâtre. Jean Renoir, Marcel Carné, Jean Grémillon et Julien Duvivier, de concours avec les plus grands scénaristes et dialoguistes que le cinéma français ait connus (Prévert, Aurenche, Jeanson, Spaak), inventent le « réalisme poétique » et participent de l’éclatante envolée de la culture populaire, parallèle à l’arrivée au pouvoir du Front Populaire, l’union de la gauche formée en 1934 et victorieuse aux élections de 1936.
Mais le cinéma français de l’époque ne se résume pas à ces grands noms de la cinéphilie, ou à ces genres au fond mal définis. La pure comédie gagne aussi ses lettres de noblesse, grâce notamment à Henri Decoin et sa jeune épouse délurée, la petite Danielle Darrieux : des films comme Battement de cœur et Premier rendez-vous sont clairement inspirés de la comédie hollywoodienne à la Lubitsch. Dans Drôle de drame, Carné délaisse un temps son univers pessimiste pour le théâtre de boulevard, cruel envers les travers de la société bourgeoise, à l’image de la très jolie comédie Circonstances atténuantes. Enfin, alors que l’Empire français vit ses derniers jours de gloire, le sous-genre du « film colonial » est à l’origine de quelques œuvres peu convaincantes, tels Pépé le Moko ou Gueule d’amour, où le décor algérien est réduit à quelques figures exotiques sans véritable prétention idéologique. Mais même les films qu’on qualifierait de « mineurs » et que l’on regarde aujourd’hui avec scepticisme (La Bandera, Mademoiselle Mozart, etc) participent de l’éclat du cinéma français de ces glorieuses années. Ne serait-ce que comme document historique, portrait d’une société à un moment donné de son existence, ils méritent qu’on les redécouvre encore et toujours.