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La règle de l’art

L’Âge d’or du cinéma français (1934-1939)

au Reflet Médicis en février et mars 2006

Rétrospectives > 28 février 2006

1934-1939 : « l’âge d’or du cinéma français ». L’intitulé de la grande rétrospective engagée par le Reflet Médicis depuis le 22 février mérite qu’on s’y arrête. Définir un « âge d’or » est toujours difficile. Est-ce à dire que le cinéma français n’a pas fait mieux ni avant, ni surtout après cette période ? La Nouvelle Vague n’est-elle qu’un incident dans l’histoire ? Alors que le cinéma a fêté son centenaire en 1995, doit-on se contenter en France de cinq petites années de richesse ? Et pourquoi 1934 et non 1930 ? Pourquoi inclure César, le dernier volet de la trilogie marseillaise de Pagnol et non Marius et Fanny ? 1934 est effectivement une date capitale de l’Histoire de France : apparition du Front Populaire et victoire de la gauche unie deux ans plus tard. Mais le Front Populaire explose dès 1937. Alors, pourquoi 1939 ? Parce qu’il serait mal venu de faire poursuivre l’âge d’or du cinéma français pendant les années sombres de l’Occupation ? N’a-t-on pas encore dépassé ce débat ? Il est pourtant connu et reconnu depuis longtemps que même exposé à la censure nazie, le cinéma français continua à vivre pendant la guerre. (ce que le Reflet Médicis prouva d’ailleurs il y a deux ans par une belle rétrospective du cinéma français sous l’Occupation). Les limites ont leurs propres limites. Difficile de se contenter d’une rétrospective qui n’inclut ni Les Enfants du Paradis, ni La Belle et la Bête, ni Casque d’Or, trois des plus importants chefs d’œuvre de la cinéphilie française, tous trois réalisés vers la fin de la guerre. Mais ne boudons pas notre plaisir : car si la rétrospective a peu de sens dans son intitulé, les films restent. Et plus d’une perle attend le cinéphile au bout du chemin.


Introduction

Les années 1930, années fastes du cinéma français. Acteurs, scénaristes, réalisateurs, sans oublier chef op’ et compositeurs conjuguent leur talent pour produire les chefs d’œuvre qu’on connaît : Le Quai des brumes, La Grande Illusion, La Règle du jeu, La Kermesse héroïque, etc. Grâce à l’invention du cinéma parlant, Pagnol et Guitry font des merveilles du « théâtre filmé », qui, quoi qu’on en dise, ne se réduit pas à la simple mise sur pellicule d’une pièce de théâtre. Jean Renoir, Marcel Carné, Jean Grémillon et Julien Duvivier, de concours avec les plus grands scénaristes et dialoguistes que le cinéma français ait connus (Prévert, Aurenche, Jeanson, Spaak), inventent le « réalisme poétique » et participent de l’éclatante envolée de la culture populaire, parallèle à l’arrivée au pouvoir du Front Populaire, l’union de la gauche formée en 1934 et victorieuse aux élections de 1936.

Mais le cinéma français de l’époque ne se résume pas à ces grands noms de la cinéphilie, ou à ces genres au fond mal définis. La pure comédie gagne aussi ses lettres de noblesse, grâce notamment à Henri Decoin et sa jeune épouse délurée, la petite Danielle Darrieux : des films comme Battement de cœur et Premier rendez-vous sont clairement inspirés de la comédie hollywoodienne à la Lubitsch. Dans Drôle de drame, Carné délaisse un temps son univers pessimiste pour le théâtre de boulevard, cruel envers les travers de la société bourgeoise, à l’image de la très jolie comédie Circonstances atténuantes. Enfin, alors que l’Empire français vit ses derniers jours de gloire, le sous-genre du « film colonial » est à l’origine de quelques œuvres peu convaincantes, tels Pépé le Moko ou Gueule d’amour, où le décor algérien est réduit à quelques figures exotiques sans véritable prétention idéologique. Mais même les films qu’on qualifierait de « mineurs » et que l’on regarde aujourd’hui avec scepticisme (La Bandera, Mademoiselle Mozart, etc) participent de l’éclat du cinéma français de ces glorieuses années. Ne serait-ce que comme document historique, portrait d’une société à un moment donné de son existence, ils méritent qu’on les redécouvre encore et toujours.

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À lire :
- Sacha Guitry, Le Cinéma et moi, éditions Ramsay, 1984. La préface « Sacha Guitry, cinéaste » est signée François Truffaut.
- Marcel Pagnol, Confidences, Julliard, 1981.

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