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Perspective bouchée
Critiques > 14 février 2012
Nul doute que Dominique Maillet a mis beaucoup de sa personne dans ce second long-métrage. La Mémoire dans la chair est exactement de ce genre de films qu’il serait bien difficile de ne pas prendre au sérieux tant, du scénario à la mise en scène, chaque élément semble être là pour appuyer la légitimité de la démarche. Mais le problème est que le réalisateur ne puisse jamais envisager le revers de ce parti-pris : enfermé dans de multiples bons mots déclamés par des acteurs très appliqués, étouffé dans son dispositif qui associe passé et présent, La Mémoire dans la chair ne laisse jamais ses ellipses devenir d’intrigants trous d’air où l’histoire pourrait se reconstruire par brides.
C’est pourtant bien l’objectif visé par Dominique Maillet lorsqu’il met en scène la quête de Tomas, fils de Républicain exilé en France, revenu dans sa région natale pour enterrer un père décédé dans les prisons franquistes. En jouant de manière très appliquée (et paradoxalement un peu trop linéaire) sur la temporalité du récit qui mêle le présent aux réminiscences de l’histoire politique du pays, le réalisateur espère saisir les béances de sa galerie de personnages engoncée dans un passé qui ne dit jamais vraiment son nom. Le tabou, en matière de dialogues, est souvent propice à l’existence de sous-textes qui donnent une ampleur au métrage. Ici, il ne s’agit malheureusement que de mystères lourdement surlignés par des acteurs qui prennent un peu trop souvent la pause pour susciter le moindre vertige.
Pour appuyer la légitimité du projet, Dominique Maillet a privilégié une mise en scène qui, à défaut d’être sobre, ne cesse jamais de dire le sérieux avec lequel le film devrait être reçu. La photographie privilégie les tonalités sombres et chaque scène semble vouloir souligner la solitude des personnages, filmés régulièrement en gros plans. Même la présence de l’acteur principal Sergio Peris-Mencheta (pas inintéressant dans la manière d’utiliser son corps) ne permet pas au film d’emprunter les chemins de traverse espérés. A priori loin des clichés d’une Espagne colorée, La Mémoire dans la chair n’est pas pour autant débarrassé d’autres tics de mise en scène faisant de ce second long-métrage un pensum introspectif qui laisse le spectateur un peu sur le carreau.
Clément Graminiès