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Souvenirs enfouis

Le Jour de la grenouille

réalisé par Béatrice Pollet

Critiques > 11 septembre 2012

Pour son premier long-métrage de fiction en tant que réalisatrice, Béatrice Pollet (sans rapport avec Jean-Daniel) a mis en scène les tâtonnements existentiels d’une jeune archéologue, entre quête du passé et projection de ses désirs. Le résultat, souvent trop sec ou trop bavard, n’en demeure pas moins intéressant : avec une belle économie de moyens, la réalisatrice parvient à construire de troublantes correspondances entre les vivants et la mémoire.


Rarement le cinéma s’est risqué à aller chercher du côté de l’archéologie pour faire écho aux troubles de ses personnages. À l’exception notable de Rossellini dans Voyage en Italie, les fossiles semblent perçus comme une matière insuffisamment cinématographique alors que l’intérêt de ces corps inertes repose avant tout sur la manière dont les personnages se projettent sur eux et sur leur histoire. C’est peut-être ce périlleux défi que la réalisatrice du Jour de la grenouille donne le sentiment de ne relever qu’à moitié dans un premier temps. En s’intéressant au parcours chaotique d’Anna Brahé, une archéologue convaincue par la découverte prochaine d’une sépulture, Béatrice Pollet confronte une jeune femme en devenir à ce qui la précède, cherchant à démêler ses projections d’une vérité tangible. La réalisatrice semble vouloir s’affranchir de ce schéma théorique, un peu indigeste sur le papier, en développant un montage complexe, alternant allers et retours dans le temps, construisant un parallèle un peu écrasant entre le drame du présent (un effondrement, un pronostic vital engagé) et les traces du passé.

La mise en situation du désarroi personnel d’Anna n’est pas la plus grande force du film : face à une mère alcoolique ou un archéologue reconnu mêlant autorité et séduction, la jeune femme se débat avec ses contradictions, donnant lieu à quelques coups d’éclats trop écrits où les mots fusent sans véritable spontanéité. Dans ces quelques moments, le film flirte avec les travers du naturalisme à la française, enfermant ses personnages dans une hystérie du « faire vrai » qui n’est définitivement pas concluante. Mais pourtant, même si on identifie très rapidement les limites du dispositif, on sent que la réalisatrice cherche autre chose avec une incontestable sincérité, une matière à découvrir dont le projet initial serait dépourvu. À la manière d’une archéologue, Béatrice Pollet se fait de plus en plus patiente, généreuse et attentive à ce que ses personnages peuvent finalement lui offrir. On sent par exemple qu’à travers le montage, multipliant les ellipses et les correspondances, elle retravaille sa matière, tente de la révéler en enrichissant l’image par des ruptures de cadre ou de son.

Au bout du compte, le film finit par s’incarner de manière assez troublante, loin de la sécheresse théorique qui semblait priver le projet de toute ampleur dans les premières scènes. Si le jeu des acteurs (et surtout des actrices parmi lesquelles Joséphine de Meaux, une vraie révélation) n’est pas étranger à cette réussite in-extremis, le mérite revient surtout à la réalisatrice qui, en s’affranchissant de toute volonté de séduire le spectateur, a su emprunter les chemins de traverse nécessaires à l’éclosion de ses personnages. C’est cette jolie métamorphose qui fait le prix du Jour de la grenouille car, en dépit de son exposition à la symbolique bien trop démonstrative (un éboulement pour signifier l’enlisement des désirs et de la conscience), force est de constater que ce film finit par se révéler comme étant bien vivant.

Clément Graminiès


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Le Jour de la grenouille (France, 2011). Durée : 1h28. Réalisation et scénario : Béatrice Pollet. Image : Dominique Bouilleret. Montage : Matilde Grosjean. Musique : Jérôme Brajman. Production : Dominique Crèvecœur pour Bandonéon. Interprétation : Joséphine de Meaux (Anna Brahé), Patrick Catalifo (Peter Morel), Dominique Reymond (Magg), Fanny Cottençon (Catherine Brahé), Carmen Maria Vega (Sarah), Olivier Antoine (Kevin), etc. Sortie : 12 septembre 2012.

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