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Sandra Bullock est une actrice que l’on pourrait presque qualifier d’underground dans le système hollywoodien tant sa constance dans la médiocrité relève de la démarche quasi expérimentale. Révélée au grand public par l’oubliable Speed en 1994, la jeune femme a depuis construit une filmographie d’une cohérence extrêmement rare, accumulant navets sur navets, ne dérogeant ainsi jamais à cette audacieuse philosophie : « jamais un bon film ». La liste est longue mais elle vaut le coup d’œil : L’Amour à tout prix, Traque sur Internet, Le Droit de tuer ?, Le Temps d’aimer, Speed 2 : cap sur le danger, Ainsi va la vie, Miss Détective, L’Amour sans préavis, et ainsi de suite. Inutile de préciser quels sont les réalisateurs, personne ne les connaît ou ne s’en souvient, et pour cause. Mais si aujourd’hui, l’actrice semble atteindre le firmament de sa carrière en incarnant le rôle-titre du grandiose Miss FBI, c’est qu’elle doit rattraper une grossière erreur de parcours que nul, aujourd’hui, ne peut lui pardonner. En effet, en 2002, elle ose collaborer avec un auteur, Barbet Schroeder – certes pas au meilleur de sa forme – pour Calculs meurtriers. C’est un peu comme si, du jour au lendemain, on découvrait Julianne Moore dans Fast and Furious ou Jennifer Lopez chez Ken Loach. Forcément, ça choque. Du coup, l’actrice, peu habituée à ce que l’on parle d’elle dans la presse spécialisée, est revenue à la source. Placardée sur les culs de bus parisiens, Sandra Bullock, regard en coin – un peu vide, il faut le reconnaître –, semble lancer une sorte d’appel au secours car ce qu’elle sait, finalement, c’est que personne ne viendra la voir.
Clément Graminiès