
Mr Brooks est un film tellement mauvais que primo il ne donne pas envie de s’énerver car son statut de nanar Z est assumé d’un bout à l’autre et que secundo il est fortement recommandé de ne pas aller le voir - ce qui a fortiori devrait vous éviter d’avoir subir cet article hargneux. Mais comme vous êtes masos, vous êtes restés. Le pire, c’est que ce précipité n’est pas suffisamment méchant ou cynique pour être détestable. On a l’impression que le tâcheron derrière la caméra croit fort en ce qui l’anime. Heureusement pour lui, on garde en tête que l’espoir fait vivre et on ne va pas revenir sur les qualités (inexistantes) et les défauts (pléthoriques) d’une telle ineptie : mise en scène nulle, montage nul, interprétation nulle, scénario nulle, pirouette finale nulle, cascades nulles. Un tel sommet de nullité ne peut qu’aboutir à un nivellement par le bas qu’il est préférable de prendre avec le sourire pour combler l’ennui.
Ce téléfilm de fond de tiroir - qui n’aurait jamais dû voir le jour - épuise toutes les ressources les plus éculées du thriller hollywood night. Des acteurs de si grande classe n’ont pas le droit de patauger dans de tels marécages ! Mais, involontairement, ce film a le mérite de faire réfléchir sur le statut des acteurs des années 80 qui, passés un certain âge, sont obligés de se contenter de rôles ingrats pour payer leurs factures, faute d’être « bankable ». La célébrité est aujourd’hui tellement éphémère que les acteurs qui vont approcher la trentaine doivent déjà commencer à s’inquiéter. Voir William Hurt tout pâle en conscience rageuse, Demi Moore en flic increvable et Kevin Costner en meurtrier schizo est tellement pathétique que le spectacle ne remplit même pas ses fonctions de « chewing-gum de l’œil ». On quitte la salle dans un état proche de la tristesse en se rappelant intérieurement tout le gâchis d’une génération d’acteurs abandonnés du jour au lendemain. Pas sûr que Mr Brooks soit donc le meilleur tremplin pour rebondir.
Romain Le Vern
Image © La Fabrique de Films