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Qui a encore peur du grand méchant Craven ?

My Soul to Take

réalisé par Wes Craven

Critiques > 31 juillet 2012

Tourné juste avant Scream 4 et sorti dans l’indifférence quasi générale aux États-Unis, ce slasher édulcoré pour pré-ados montre un Wes Craven à la peine, gravement ringardisé par une nouvelle génération de réalisateurs qui, d’Alexandre Aja à Drew Goddard récemment, ont su revisiter les classiques horrifiques avec un certain sens de la démesure et du second degré.


L’échec critique et commercial de Scream 4 aurait-il sonné le glas de la carrière de celui qui, dans les années 1970 et 1980, a incarné avec brio, aux côtés d’autres francs-tireurs comme John Carpenter ou Dario Argento, le sursaut créatif du cinéma d’horreur ? Derrière leurs affiches délicieusement bis et leurs titres évocateurs, les Dernière Maison sur la gauche, Halloween et autres Suspiria ont repoussé les limites du cinéma d’épouvante en faisant d’un genre mineur un véritable laboratoire, transformant de sombres histoires de tueurs psychopathes en paraboles politiques et en manifestes esthétiques où chacun déployait à l’envie, avec des budgets ridicules, ses expérimentations visuelles les plus folles.

Aujourd’hui, les temps sont durs pour les vieux briscards : les dernières œuvres de Carpenter et Argento ont déçu, et le cinéma d’horreur n’est guère plus qu’une vache à lait peu coûteuse pour les studios hollywoodiens, friands de franchises rentables comme les consternants Saw et Paranormal Activity. Pour quelques amusantes et rafraîchissantes confiseries pop comme Jusqu’en enfer de Sam Raimi, Piranha 3D d’Alexandre Aja ou La Cabane dans les bois de Drew Goddard, qui jouent avec brio la carte de l’hommage, du remake décalé ou du second degré malin, combien de cinéastes pour tenter une véritable réinvention du genre ?

Tourné et sorti en salles aux États-Unis avant Scream 4, My Soul to Take montre hélas que le vieux Craven semble avoir définitivement perdu la main. Comme chez beaucoup d’autres, l’utilisation de la 3D n’est ici qu’un prétexte à gonfler le prix du ticket à la caisse : si le réalisateur n’est certes pas manchot et reste plutôt habile dans sa mise en scène des ressorts classiques du slasher, il ne fait absolument rien des possibilités du relief, l’utilisant comme le gimmick désormais incontournable et bêtement attendu d’un cinéma dynamique plus proche de l’attraction de fête foraine que du 7e art. Côté scénario (signé Craven lui-même !), c’est carrément la catastrophe : sept ados, nés la même nuit dans la même ville, se font zigouiller les uns après les autres. Un serial-killer, mort au moment de leur naissance, serait-il revenu d’entre les morts pour se venger ? Pire : ne se serait-il pas réincarné en l’un d’eux ? Pour être tout à fait honnête, on s’en fiche un peu, tant le scénario déroule péniblement tous les artifices les plus attendus du cinéma d’horreur. Coincé par son studio qui a visiblement choisi de vendre son film aux moins de seize ans, Craven ne peut même pas se laisser aller aux délires les plus gore : à l’heure où même des séries télévisées visibles par tous s’autorisent des décapitions en tout genre, on se demande bien qui pourrait frémir devant un film aussi benêt, quand n’importe quel ado américain connaît l’intégrale des Destination finale sur le bout des doigts. Pourquoi une sortie en salles de ce film en France deux ans après son échec américain ?

Fabien Reyre


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My Soul to Take (États-Unis, 2010). Durée : 1h47. Réalisation : Wes Craven. Scénario : Wes Craven. Image : Petra Korner. Montage : Peter McNulty. Musique : Marco Beltrami. Producteurs : Wes Craven, Ilya Labunka, Anthony Katagas. Interprétation : Max Theriot (Adam), John Magaro (Alex), Denzel Whitaker (Jerome), Zena Grey (Penelope)... Sortie : 1er août 2012.

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