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Spider-Man 3, Shrek 3, Pirates des Caraïbes 3, Ocean’s 13, Harry Potter 5, Hostel 2, Les Quatre Fantastiques 2... L’imagination des scénaristes américains serait-elle en berne cet été ? Si oui, la crise dure depuis longtemps : car pour avoir des 3, il faut avoir eu des 2. Et sans doute aussi, prévoir des petits 4, 5, 6, etc. La mode assez récente des sequels (de mémoire de cinéphile, il n’y a pas eu de Naissance d’une nation 2 ou de Citizen Kane, le retour, quoique l’idée pourrait être drôle) n’a qu’un maître mot : le profit, à la barbe et au nez du spectateur indulgent et consommateur, qui en redemande mais finit quand même par plus ou moins se lasser d’être pris pour un benêt. Aux États-Unis, les 3 ne cartonnent pas aussi bien au box-office que leurs grands frères. Mais cartonnent quand même. C’est dire que le blockbuster à épisode unique est un concept tué dans l’œuf.
Le talent et la perversité de Soderbergh résident dans la manière dont il aborde la problématique de la suite. Vous avez aimé Ocean’s Eleven, remake réussi de L’Inconnu de Las Vegas ? Alors, pourquoi s’embêter à inventer un scénario original ? Refaisons le même film, à quelques différences près (le méchant n’est plus Andy Garcia, mais Al Pacino, et Danny Ocean veut venger un ami et non récupérer sa femme). La formule ? Une heure pour la préparation complexe du « casse du siècle », toujours plus hénaurme (en l’occurrence, ruiner un casino le jour même de son ouverture en faisant gagner tous les joueurs), et le casse du siècle lui-même, avec force rebondissements de plus en plus prévisibles (ne vous fiez pas à ce qu’on vous dit, c’est sûrement autre chose) et apparitions en guest-star (on vous dit pas qui c’est, puisque ce n’est pas dans le générique).
Et quoi qu’on en dise, ça marche. D’abord parce que la fine équipe est toujours diablement séduisante et que tout le monde aime les super héros et les gentlemen cambrioleurs, même si on ne comprend pas la moitié de ce qu’ils disent (pour reprendre une réplique du film, c’est sans doute parce qu’on est pas encore vraiment passé à l’ère numérique). Ensuite parce que Soderbergh est un fin cinéphile, qui aime citer ses références pour mieux les détourner (on se souvient du récent The Good German, hommage aux films noirs des années 1940). La version originale de Ocean’s Eleven était un film de copains, voué à célébrer la bande du Rat Pack, composée des plus grandes célébrités des 50’s : Sinatra, Dean Martin, Peter Lawford, Sammy Davis Jr et Shirley MacLaine. Ocean’s Eleven et ses suites ont le même objectif : consacrer le nouvel Hollywood et les amis de Soderbergh, Clooney, Brad Pitt et Matt Damon, tous producteurs des uns et acteurs chez les autres. Ocean’s Twelve était le point culminant de cette camaraderie on screen, les clins d’œil prenant souvent le pas sur le scénario : ainsi Julia Roberts jouant le rôle d’une femme faisant semblant d’être Julia Roberts et prise en flagrant délit de mensonge par Bruce Willis (le vrai). Moins foutraque, et donc moins drôle, Ocean’s 13 limite le second degré à quelques répliques à peine audibles sous l’épais manteau de la frime : on retiendra surtout le « Tu devrais te poser et avoir des enfants » de George Clooney à Brad Pitt, ou les confidences plaisamment hors de propos des deux stars sur leurs femmes absentes.
Comme tous les films à suite, à quelques exceptions notables, les Ocean’s risquent fort d’épuiser la formule. La crédibilité même de la série s’en ressent déjà : on ne sait pas trop bien ce qu’Al Pacino fait dans cette galère, à part cloner l’Andy Garcia d’Ocean’s Eleven (seuls les fans du Parrain III comprendront l’allusion). Soderbergh, c’est du foutage de gueule qui s’assume, à l’image même de la ville qu’il célèbre, Las Vegas : impressionnant et glamour, mais prodigieusement vain. Il serait temps de s’arrêter là, et de passer à la caisse.
Ophélie Wiel
Images © Warner Bros France
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