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Dans la forêt, on assiste à une étrange chasse à l’homme. Dans une grande ville asiatique, on retrouve notre chasseur à la recherche d’une petite fille disparue plusieurs années plus tôt. La tour haute de 101 étages qui donne son nom au film domine la partie taïwanaise du récit. Dans ce monde menacé par un virus mystérieux, il reste peu de mots, et les dialogues se font rares dans One O One. Le cadre, lui aussi, laisse très souvent la place au vide, celui des grands espaces ou des décors épurés. C’est le personnage d’Abbas qui fait le lien entre les deux lieux contraires dans lesquels se déroule le film. Grande brute, ce jeune homme taiseux est pris entre la violence et la passion, ce qui donne lieu à de très caricaturales scènes d’amour, à deux, puis à trois. L’opposition entre les deux décors, les relations entre les trois protagonistes, la présence de la Tour, symbole pour le moins appuyé d’une Humanité perdue : tout est appuyé, souligné avec insistance. Les deux jeunes Taïwanaises qui devisent sur les drôles de hasards de la vie évoquent la métaphysique mystique des films d’Alejandro González Iñárritu, mais sans la virtuosité que le cinéaste mexicain apporte à ses récits entremêlés.
Là où Franck Guérin voudrait évoquer la complexité psychologique du personnage, on ne perçoit que manichéisme. Là où il voudrait indiquer une présence trouble, on voit que l’artifice d’une caméra qui bouge un peu trop. Là où il voudrait montrer un monde dépeuplé, on ne sent que la pauvreté du décor. Si bien qu’on se demande tout au long du film pourquoi on ne croit ni aux personnages, ni à l’histoire, ni à l’existence de ce monde apocalyptique. En grande partie parce que la dimension elliptique du récit lui donne une attitude pompeuse et poseuse plus qu’énigmatique, et qu’elle ne parvient à pas à masquer que les situations relèvent toutes du cliché rabâché cent fois. Également parce que tout manque de chair dans ce film. On sent que le projet de Franck Guérin est d’accéder à la force brute des sentiments contradictoires et on se demande pourquoi, là, ça ne fonctionne pas. Il y a quelques semaines, on avait pu s’enthousiasmer pour la sortie en DVD du magnifique film de Cassavetes, Husbands. On avait pu admirer à quel point le cinéaste, en mettant en scène trois hommes dans des situations très simples, tirait une puissance inouïe de chaque scène. On pense alors à ce que racontent Peter Falk, Ben Gazzara et Al Ruban de la méthode de leur ami et metteur en scène dans un documentaire présenté en bonus à l’édition de Husbands. Ils parlent des interminables séances d’écriture du scénario dans lesquelles ils envisageaient en équipe toute l’histoire de chaque personnage, son passé, ses motivations psychologiques. Ils rappellent également les multiples versions du montage, à travers lesquelles le cinéaste envisageait toutes les possibilités du récit, du rythme que l’on pouvait donner au film, tentant ainsi de faire rendre gorge à l’ampleur des rushes tournés. Et ce n’est qu’au terme de ce long processus d’errance que jaillissait l’essentiel, les moments de vie pure, les étincelles de jeu. One O One voudrait lui atteindre l’essentiel à la va-vite, et nous prouve, s’il fallait nous en convaincre, que ce n’est pas possible.
Raphaëlle Pireyre