Côte d’usure
Critiques > 18 janvier 2006

Stella (Vahina Giocante), dix-sept ans, belle et blonde vit avec sa mère (Miou-Miou), sur la Côte d’Azur. L’une est danseuse dans des clubs, l’autre femme de chambre dans un hôtel de luxe. Elles entretiennent des relations troubles. Tandis que l’une s’éveille au monde, l’autre a du mal à accepter l’automne de sa vie....
Dans le dossier de presse la réalisatrice parle d’une version contemporaine de Bellissima de Visconti. Riviera est donc un film qui se rêve beaucoup mais qui n’est finalement que boursouflures et lieux communs. Rien ne vient bousculer le schéma que la réalisatrice s’impose et qui apparaît comme une pure convention de mise en scène assez éculée. Pas tout à fait sensuel, malgré le travail d’improvisation mis en place sur le tournage, le film aurait pu être intéressant s’il s’était risqué alors à la représentation purement mécanique du désir de ses protagonistes. Mais cet aspect, parce qu’il est effleuré, ne prend pas non plus. Emprisonné entre ses deux courants opposés, le film ne tranche pour aucune des postures, et se révèle encore plus incapable de pouvoir exprimer une telle contradiction. Le film ne sort jamais de son dispositif à l’organique de pacotille, et les personnages tous caricaturaux n’arrivent pas à s’incarner. De la même manière, le malaise que la réalisatrice aimerait distiller à partir de certaines situations scabreuses s’effondre aussitôt car le spectateur doit se contenter d’un constat ridicule de banalité : les femmes sont toutes des putes insatisfaites et les hommes des impuissants.
Mais forcément, il y a un, voire des responsables de ce désenchantement généralisé : la télé réalité que la mère regarde constamment, et autre industrie du X pour laquelle la jeune fille finit forcément par travailler. Charge des plus faciles, limite réactionnaire, qui détruit le libre arbitre des personnages comme celui des spectateurs. Et à propos de Nice ? Rien. Bien qu’il s’agisse de la Riviera, il ne reste de la Côte d’Azur qu’un décor de carton pâte jamais réellement investi. Ni terre poétique, ni terrain sociologique, Nice est juste une toile de fond touristique, une carte postale. Le film fait preuve ici d’un exotisme régional des plus ringards, limitant la cité des anges à un univers lointain, une terre de vice où la femme ne peut être respectée. Dans la même veine, on imagine déjà le film de Villacèque sur la paresse à Ajaccio ou encore celui sur l’alcoolisme à Brest. Riviera est une oeuvre où il n’y a rien ni dégain à filmer que le formatage d’une réalisatrice qui calque son a priori sur une région. On dirait plutôt le film d’une mère la pudeur qui écrirait pour Elle, pour ne pas dire une Ségolène Royal du cinéma. Aussi puissant et pertinent qu’un pet dans la Méditerranée.
Raphaël Le Toux-Lungo
Image © Agat Films & Cie