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Cela commence fort : alors qu’elle vient de se faire renvoyer de son travail, Ally découvre dans un magazine féminin ce qu’elle prend pour un fait troublant : 96 % des Américaines qui ont eu plus de vingt partenaires sexuels ne se marient jamais. Horrifiée à l’idée de subir un tel sort, Ally se met frénétiquement à faire la liste des hommes avec qui elle a couché. Résultat : elle a atteint le nombre fatidique. Puisqu’il est impensable pour elle d’aller au-delà, une seule solution : retrouver ses ex en espérant que l’un d’eux sera « le bon ».
Un tel argument pourrait passer pour une maline combinaison de « progressisme » (si l’on se place d’un point de vue puritain) et de conservatisme : oui, Ally a couché avec beaucoup trop d’hommes ; mais finalement c’est une fille bien qui mérite autant qu’une autre le droit de trouver un mari. En réalité, l’habileté qui aurait pu faire passer la pilule d’une moralité aussi douteuse est totalement absente de (S)Ex List. Le film se complaît au contraire dans une accumulation de clichés dont Mark Mylod ne parvient que très sporadiquement à tirer quelque chose de divertissant. En termes d’écriture, le film est proche du degré zéro tant il se refuse à fournir le moindre effort pour revigorer les poncifs de la comédie romantique. Les scénaristes n’ont rient trouvé de plus original à faire que de choisir comme fil rouge le mariage de la sœur de l’héroïne, à l’occasion duquel elle se rendra compte que le plus important dans la vie est d’être soi-même et quittera donc un cavalier inadéquat pour aller retrouver celui qui l’aime pour ce qu’elle est vraiment – une gentille blonde un peu délurée qui fait de la sculpture à ses heures perdues. Comme si le spectateur pouvait se contenter de situations vaguement incongrues platement livrées pour être conquis, les scénaristes ne se sont pas fatiguées à imaginer des répliques véritablement percutantes.
L’écriture filmique de (S)Ex List est tout aussi faible. On pourrait faire, comme Ally, la liste de tout ce qui manque à Mark Mylod pour mériter le titre de cinéaste ; le sens du rythme serait alors placé en numéro un. C’est presque un tour de force que de parvenir à désamorcer le talent comique d’Anna Faris (Smiley Face ou Super Blonde ont prouvé qu’il était immense). Ici, comme par magie, les plans ne débutent et ne se terminent jamais au moment où il faudrait, la caméra est toujours trop près ou trop loin, le ton de l’actrice un peu trop attendu... (S)Ex List possède tous les atours d’un film bâclé, presque cheap, ce qui est difficilement compatible avec la vision du monde plus que simplette que le scénario communique : à défaut d’être intelligent, il aurait au moins fallu que le film nous fasse un peu rêver. Or, il ne parvient jamais à nous propulser dans un univers idéalisé où le grand amour existerait, tant les images mal cadrées, mal éclairées peinent à nous donner cet agréable sentiment que l’on est au Cinéma. On a plutôt l’impression de regarder un reportage sur une bande de gourdes romantiques. Méprisant autant l’intelligence que le goût et l’imagination du spectateur, (S)Ex List est si raté qu’il fait passer le récent Sexe entre amis pour un chef d’œuvre du genre.
Olivia Cooper Hadjian