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Amérique, mon amour

Shérif, fais-moi peur, le film

un produit de Jay Chandrasekhar

Critiques > 23 août 2005

critique du film Shérif, fais-moi peur, le film, réalisé par Jay Chandrasekhar

Énième transposition sur grand écran d’une série cuculte des années 1980, Shérif, fais-moi peur témoigne du manque d’inspiration chronique dont Hollywood souffre depuis de bien trop longues années.


Après Mission : Impossible, Le Saint, Chapeau melon et bottes de cuir, Drôles de dames ou encore Starsky & Hutch, Hollywood racle une nouvelle fois les fonds de tiroir en sortant une adaptation de Shérif, fais-moi peur, série débile et fascisante des années 1980 que même M6 n’ose plus rediffuser à l’heure du déjeuner (pour le moment).

Mais là où les films précités étaient portés par des réalisateurs de renom (Brian De Palma) ou des acteurs talentueux (Uma Thurman, Cameron Diaz, Drew Barrymore, Owen Wilson, etc), Shérif, fais-moi peur doit se contenter d’un casting à ce point bidon qu’on peine à croire que le projet puisse déplacer les foules. De Seann William Scott (la série des American Pie) à John Knoxville (créateur du Jackass, gourou du sexe dans A Dirty Shame de John Waters) en passant par l’inénarrable Jessica Simpson (clone de Britney Spears, égérie de MTV et accessoirement chanteuse), Shérif, fais-moi peur rassemble tous les ingrédients inimaginables pour être le nanar d’une fin d’été.

Reste qu’il demeure quelque chose de nauséabond dans le choix de cette adaptation inutile. Sous couvert de bêtise et d’ignorance assumées, cette série ne craignait d’aucune comparaison avec des événements historiques, et pas des moindres : la fierté sudiste. Les aventures des cousins Duke étaient suivies par les trentenaires d’aujourd’hui, ne disposant pas des connaissances suffisantes pour comprendre la signification de ce drapeau, arboré sur le toit de la fameuse voiture, surnommée « Général Lee » : celui de la Confédération. Ce même drapeau symbolisant tout comme l’étendard de la fierté lesbienne et gay les pires atrocités, il est d’autant plus curieux que les studios aient l’idée saugrenue d’actualiser sa sombre histoire de la sorte. Car cette fierté de bouseux d’un autre siècle, n’est pas sans rappeler le racisme qui perdure encore aujourd’hui dans le sud des États-Unis.

Et Hollywood ne compte pas en rester là ! Probablement nostalgique de leur aura moins contestable des années 1970-80 (la guerre du Viêt-Nam est terminée, celle d’Irak pas encore commencée), les Américains recyclent tout ce qui a permis de construire leur mythe au yeux du monde. Avec la mise en production de Dallas et de Deux flics à Miami ces derniers mois et la sortie prochaine de Ma sorcière bien-aimée, il ne manque plus qu’à anticiper sur les possibles castings de La Petite Maison dans la prairie, ou encore Les Feux de l’amour. Les paris sont ouverts !

Clément Graminiès

Images © Warner Bros France


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Shérif, fais-moi peur (The Dukes of Hazzard, États-Unis, 2005). Durée : 1h43. Réalisation : Jay Chandrasekhar. Scénario : John O’Brien, sur une histoire de John O’Brien et Jonathan L. Davis. D’après : la série télévisée créée par Gy Waldron. Image : Lawrence Sher. Montage : Lee Haxall, Myron I. Kerstein. Musique : Nathan Barr. Production : Bill Gerber. Interprétation : Seann William Scott (Bo Duke), Johnny Knoxville (Luke Duke), Jessica Simpson (Daisy Duke), Burt Reynolds (« Boss » Hogg), Willie Nelson (oncle Jesse Duke), David Koechner (Cooter Davenport), M.C. Gainey (shérif Roscoe P. Coltrane), Lynda Carter (Pauline)... Sortie : 24 août 2005.

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