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Les dix meilleurs films de 2010 selon la rédaction
Hors-champ > 4 janvier 2011

| La rédaction |
Mathieu Macheret
1. Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) d’Apichatpong Weerasethakul
2. Film Socialisme de Jean-Luc Godard
3. Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans de Werner Herzog
4. Mourir comme un homme de João Pedro Rodrigues
5. Lenny and the Kids de Benny et Joshua Safdie
6. Fantastic Mr Fox de Wes Anderson
7. The Ghost Writer de Roman Polanski
8. Mystères de Lisbonne de Raúl Ruiz
9. Le Quattro Volte de Michelangelo Frammartino
10. The Social Network de David Fincher / Sexy Dance 3D de John Chu
L’image de l’année de 2010 est connue. C’est celle d’un grand singe aux yeux rouges sorti de la forêt et s’invitant, le soir tombé, à un repas de famille. Cette image tirée d’Oncle Boonmee, du thaïlandais Weerasethakul, en synthétise beaucoup d’autres et marque une invasion, dans l’espace habituellement anthropo-centré du cinéma, d’autres formes d’existence. Les animaux nous remplacent au centre du plan, nous relaient au centre des récits. Il en va de la chèvre de Le Quattro Volte comme de la communauté furry de The Cat, The Reverend and The Slave ou des Na’Vi d’Avatar, auxquels on peut bien ajouter les iguanes de Bad Lieutenant, la ménagerie de Fantastic Mr Fox ou même le lama de Film Socialisme. La dérive des esprits – selon tous les sens que peut prendre l’expression – fut le grand thème de l’année. Une dérive qui sonne comme une prise de pouvoir, une (re)conquête, puisqu’ils n’ont cessé, d’une part, de nous apparaître, puis de nous remplacer. L’homme - son corps, sa présence, son unité - est détrôné, relativisé au milieu des grands circuits de l’univers, de la grande circulation des âmes. Si Oncle Boonmee trône au sommet de ce classement, c’est qu’il a su mieux que quiconque exprimer cette relativisation progressive de la présence humaine, sa dématérialisation, cette grande quête de l’ubiquité qui n’est rien moins que l’horizon, tant technologique que pictural, de notre époque (entre les jeux vidéo, Internet et autres modes de communication à distance). Dans ce monde, l’esprit est libre d’investir plusieurs formes, dans une chaîne où le corps humain n’est qu’un moment parmi d’autres. En fin de compte, Mourir comme un homme, The Social Network et Mystères de Lisbonne ne parlent de rien d’autre que de cette dispersion de l’expérience humaine sur des fronts simultanés. Passons le relais...
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