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Les dix meilleurs films de 2010 selon la rédaction

Top 10 de l’année 2010

Hors-champ > 4 janvier 2011

Top 10 de l'année 2010

La rédaction
Ferhat Abbas
Vincent Avenel
Ariane Beauvillard
Frédéric Caillard
Stéphane Caillet
Sébastien Chapuys
Emmanuel Didier
Sarah Elkaïm
Romain Genissel
Alexis Gilliat
Clément Graminiès
Florian Guignandon
Arnaud Hée
Anne-Violaine Houcke
Lionel Hurtrez
Nicolas Journet
Alexandre Labarussiat
Raphaël Lefèvre
Mathieu Macheret
Nicolas Maille
Julien Marsa
Ursula Michel
Guillaume Morel
Marion Pasquier
Raphaëlle Pireyre
Camille Pollas
Ariane Prunet
Fabien Reyre
Matthieu Santelli
Benoît Smith
Anaïs Vincent


Camille Pollas

- 1. Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans de Werner Herzog
- 2. Film Socialisme de Jean-Luc Godard
- 3. La Bocca del Lupo de Pietro Marcello
- 4. White Material de Claire Denis
- 5. Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures d’Apichatpong Weerasethakul
- 6. Mourir comme un homme de João Pedro Rodrigues
- 7. La Reine des pommes de Valérie Donzelli
- 8. Sous toi, la ville de Cristoph Hochhäusler
- 9. Un homme qui crie de Mahamat-Saleh Haroun
- 10. Independencia de Raya Martin

Hors catégorie : En présence d’un clown d’Ingmar Bergman

Il est beaucoup plus difficile de lire un « top » que d’en faire un. C’est qu’au-delà de l’évidente jouissance de la liste, sa logique reste souvent hermétique. Après le plaisir glouton des fêtes, quelques pistes, donc, pour expliquer cette cohabitation à 10.

Les six premiers se dégagent d’eux-mêmes, d’évidence, contrairement à leur classement. Malgré leurs natures et le poids variables de leurs réalisateurs, ils ont un point commun : la puissance. Le terme concentre mon plaisir, mes attentes, et ce qu’il me reste en premier lieu du cinéma vu en 2010.

Constante chez Herzog, la puissance est, dans Bad Lieutenant, alliée à un éclatement des genres, à une violente liberté. Plus parcellaire, elle est davantage étonnante dans les productions récentes de Godard, mais pensons pourtant simplement à ces images patchwork du bateau de Film Socialisme. Se conjuguant au documentaire dans La Bocca del Lupo, comme les fois plutôt rares où cela fonctionne, elle passe d’abord par un lieu – Naples – qui émerge, domine, et donne vie aux personnages. Presque ontologique chez Weerasethakul, même s’il ne la privilégie plus autant qu’à ses débuts, elle est dans Mourir comme un homme l’alliage éblouissant de la violence et de la maîtrise.

Les quatre derniers titres n’en sont pas dépourvus, mais signalons qu’ils sont avant tout un liant. Ils complètent, élus pour la particularité majeure par laquelle ils se distinguent. La Reine des pommes pour le coup de pied dans la graisse de la fiction française, Sous toi, la ville pour sa beauté plastique, pour faire des hommes et de leurs œuvres une même matière exsangue et anxiogène. Un homme qui crie, à tous niveaux plus instable, use du hors champs comme rarement avec une telle habileté, avec une telle profondeur dans ses répercussions. Et Independencia, pour la radiance pérenne qui émane de sa facture.

Si l’avant dernier film de Bergman n’entre pas dans le classement, c’est avant tout parce que s’il était inédit en salle depuis sa réalisation en 1997, il relève malgré sa splendeur – et une fois encore sa puissance – d’une époque différente des autres films du classement. Treize années de matière humaine les séparent, cela nécessite sa distinction.

Pour ouvrir aux images en général un cinéma qu’on confine ne serait-ce que par habitude à la salle, citons deux exemples issus du plus excitant virage actuel : les séries télévisées Mad Men (saison 4) et Braking Bad (saison 3). L’une parie sur le développement d’un nid de personnages insondables dans une réalisation dans langueur éblouissante, l’autre se veut plus brute, addictive comme le furent les séries des années 2000, mais fonctionne en tel surrégime que sa vitesse semble être le vrai cancer des personnages. On aurait aussi aimé voir Treme de David Simon, qui à l’opposé de Braking Bad poursuit la veine documentaire et non narrative de The Wire. Qui dans le cinéma américain contemporain aurait pu croire qu’une inventivité et une certaine radicalisation surgiraient du côté de la télévision ?

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