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Les dix meilleurs films de 2010 selon la rédaction
Hors-champ > 4 janvier 2011

| La rédaction |
Frédéric Caillard
1. Memory Lane de Mikaël Hers
Rubberfr de Quentin Dupieux
3. Mother de Bong Joon-Ho
La Vie au ranch de Sophie Letourneur
Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieurs de Apichatpong Weerasethakul
6. Toy Story 3 de Lee Unkrich
Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois
8. Lenny and the kids de Joshua and Ben Safdie
Teza de Haile Guerima
10. Policier, Adjectif de Corneliu Porumboiu
Vénus noire de Abdellatif Kechiche
Si le niveau général n’a pas été très élevé en 2010, l’année a tout de même été émaillée de quelques belles propositions. Peu de films ont pris des risques, mais ceux qui ont tentés de défricher de nouveaux territoires l’ont généralement fait avec brio. Décryptage de mon palmarès selon trois axes : l’audace, la fragilité et la virtuosité.
Audace
Oncle Boonmee est selon moi le meilleur Weerasethakul, car il traite de son sujet – les vies INtérieures - avec plus de consistance que ses prédécesseurs. Au vu de l’absence de concurrence sérieuse et d’un manque d’inventivité flagrant des films de la sélection officielle, son succès à Cannes est grandement mérité. Rubber est l’autre grand geste audacieux de l’année, et réussit l’exploit d’être aussi jouissif que théorique. Un peu comme pour Weerasethakul, je n’avais pas été convaincu par les premiers films de Joao Pedro Rodrigues, mais j’ai été séduit par la prolificité de Mourir comme un homme qui finit au pied de mon top. Côté français, La Vie au ranch de Sophie Letourneur est issu d’un travail original sur le son et propose une adéquation fond/forme remarquable. L’éclosion de la nouvelle génération de cinéastes français a été une des grandes nouvelles de 2010, vivement 2011 ! Bonne nouvelle également en provenance de Roumanie, où le cinéma commençait à s’enliser dans le style de la nouvelle école de Bucarest : Cornelius Porumboiu (Policier, Adjectif) ouvre de nouveaux possibles avec l’intégration géniale de réflexions langagières comme contrepoint à l’absurdité du système administratif roumain. Avec Vénus noire, Kechiche parvient quant-à-lui à creuser le même sillon sans se répéter, tout en passant à l’échelon supérieur : ce ne sont plus ses scènes qu’il étire en y ressassant les mêmes motifs jusqu’à l’épuisement, mais son film qu’il distend en y multipliant la même scène. Magnifique coup de force autoréflexif, son personnage s’épuisant à mesure que sa scène se vide de tout ce qu’elle a à donner. Malgré une réalisation classique, on se souviendra également du réseau de correspondances inattendues développé par Patricio Guzman dans Nostalgie de la lumière. Mention de dernière minute enfin pour l’écriture osée de Frammartino pour son Quattro Volte, où les dialogues sont abandonnés au profit d’une double dose de poésie hautement symbolique.
Fragilité
Un autre filon creusé par bon nombre des meilleurs films de 2010 : celui de la fragilité. Derrière Lenny and the Kids et l’ultrasensible et poignant Memory Lane, de nombreux « bons films » frappent à la porte de mon top 10 : La Pivellina, Adieu Falkenberg, Huit fois debout, Entre nos mains ou encore Belle épine. A noter également la trilogie des grands auteurs asiatiques sur les grands-mères, dont Lola et Poetry mettent en avant un mélange touchant de détermination et de fragilité. Toy Story 3 nous a offert une des scènes les plus bouleversantes de l’année, avec ces jouets impuissants qui attendent leur destruction en se serrant les uns contre les autres. Et alors qu’on aurait pu craindre une pirouette finale simplement destinée à offrir un happy end au jeune public, Pixar nous offre une conclusion habile et un propos dans la lignée de L’Heure d’été d’Olivier Assayas, en captant l’inexorable désincarnation des objets qui nous sont chers, et la difficulté pour nos mémoires d’y entretenir une petite flamme.
Virtuosité
Virtuosité à l’état pur pour Mother et Bong Joon Ho : scénario et construction classique du récit, mais quel talent, quelle maîtrise ! Autre sommets plein de maestria, Des hommes et des dieux - pour lequel la seule objection que je pourrais émettre serait qu’il ne prend pas beaucoup de risques - et une série de grandes sagas enthousiasmantes : Mystères de Lisbonne, à la croisée d’Il était une fois en Amérique et de Barry Lyndon, et Carlos et Teza, qui saisissent chacune à leur manière la gueule de bois qui a frappé ceux qui se sont engagés dans les luttes politiques des années 1970. Le choix a été cornélien parmi ces trois épopées haletantes, et c’est finalement Teza qui intègre mon top, Assayas et Ruiz ayant bénéficié de plus de visibilité. Mention spéciale également pour la scène d’ouverture des Femmes du Caire de Yousry Nasrallah et déception à la hauteur de l’attente pour Xavier Dolan, dont la virtuosité a tourné à vide dans Les Amours imaginaires. Les grands auteurs ont aussi livré une série de films très denses, mais sans ce petit plus pour les faire rentrer dans mon palmarès : The Ghost Writer, Bad Lieutenant – escale à La Nouvelle Orléans, The Social Network. Enfin, pour conclure, je souhaite donner un ultime coup de projecteur sur la virtuosité atypique et tout en retenue de Mikaël Hers (Memory Lane) : comment peut-on en dire autant en en disant si peu ?
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