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Accordons tout de même à Lone Scherfig un talent : celui du casting. Après avoir révélé la merveilleuse Carey Mulligan dans Une éducation, la réalisatrice donne un rôle en or à Anne Hathaway, actrice sympathique à la filmographie inégale, mais dont la fraîcheur illuminait déjà Le Diable s’habille en Prada, Le Secret de Brokeback Mountain et Rachel se marie. Pas farouche, la comédienne s’empare de son personnage avec une abnégation qui force l’admiration. Grâce à elle, on croit sans peine au parcours d’Emma, jeune femme mal dans sa peau qui va, au fil des ans, devenir une femme accomplie sans jamais se renier. D’autres qu’elle auraient gentiment minaudé pendant une heure quarante ; impériale, l’actrice se fond entièrement dans son personnage, lui donnant les mille et une nuances que le scénario est bien en peine de lui offrir. Elle est tout simplement sublime.
C’est peu dire que le film ne la mérite pas. Adapté d’un best-seller par l’auteur lui-même, Un jour est un éprouvant condensé de lieux communs et de situations téléphonées, qui ne parvient jamais à capitaliser sur son concept, par ailleurs sympathique : raconter une histoire d’amour et d’amitié sur 23 ans en proposant de retrouver ses protagonistes à chaque 15 juillet (jour de leur rencontre, en 1988). Si Anne Hathaway parvient à donner à sa Emma la chair qu’elle n’avait probablement pas sur le papier, Jim Sturgess ne parvient jamais à faire de son Dexter autre chose qu’une caricature de petit con qui trouvera la rédemption un peu tardivement. Parvenu, cocaïnomane et un peu crétin, animateur d’une émission télé débile, puis ruiné et cocu avant de devenir le héros romantique idéal de cette nouvelle décennie (grisonnant, barbu, restaurateur bio et papa complice), Dexter enfile les stéréotypes comme des perles sur un collier de Barbara Cartland (qui aurait probablement écrit ce genre d’histoire si elle avait eu 20 ans en 2011). Le déséquilibre entre les deux personnages plombe terriblement le film, et l’on passe la moitié du temps à se demander ce qu’Emma peut bien trouver à ce pauvre type.
Cerise sur le pompon du gâteau, Lone Scherfig et son scénariste-romancier semblent croire qu’une telle histoire ne peut prendre tout son sens qu’à l’aune d’un final larmoyant, et ne nous épargnent donc rien pour parvenir à leurs fins. C’est totalement ridicule, voire carrément abject dans la manière assez sadique qu’a la mise en scène de tirer les fils du destin de ses personnages, pris au piège des caprices de ses créateurs-démiurges. Au moins Lars von Trier avait-il l’élégance, dans un film aussi haïssable que Dancer in the Dark (sommet de cruauté et de manipulation), de ne pas se cacher derrière son petit doigt, ce que fait assez piteusement ici la réalisatrice en servant un couplet faux-cul et cul-béni sur l’expiation dans la douleur. Et en effet, ça fait un peu mal aux fesses.
Fabien Reyre