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Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le Woody
Critiques > 29 mai 2012
Woody Allen est drôle. Woody Allen est un excellent directeur d’acteurs. Woody Allen est un auteur prolifique. Woody a aimé Diane, puis Mia. Woody a connu des succès et des échecs. Woody est resté un homme simple, malgré la gloire, les scandales et les accolades. Voilà ce que nous dit, en substance, ce très long documentaire réalisé par Robert B. Weide, qui aurait plus sa place en extra d’une intégrale en DVD que dans les salles. Truffé d’images d’archives, d’extraits de films et de nombreux témoignages de son entourage, de ses comédiens et de Woody lui-même, le film manque cruellement de point de vue. Adoubé par la star, qui se prête de bonne grâce au jeu des confidences et des petites révélations sur ses habitudes de travail, ce documentaire ressemble plus à une biographie très officielle et très autorisée qu’à un travail de journaliste, et encore moins de cinéaste.
Bien sûr, le plaisir de se replonger dans la carrière de l’un des réalisateurs les plus prolifiques de l’Histoire du cinéma est indéniable, et les plus ardents de ses admirateurs (dont fait partie l’auteur de ces lignes) y trouveront très certainement leur compte. Difficile de bouder son plaisir devant les interventions télévisées souvent surréalistes qui firent dans les années 1960 et 1970 la renommée de ce comique pas comme les autres (son combat avec un kangourou vaut à lui seul le détour), ou même de ne pas trouver quelque-chose d’intéressant à glaner dans les nombreuses anecdotes qui accompagnent le déroulé chronologique de sa filmographie, de ses premiers pas de scénariste sur What’s New Pussycat au succès phénoménal de Annie Hall et Manhattan, du bide cinglant de Stardust Memories (chef d’œuvre très incompris à sa sortie) au tournage chaotique et douloureux de Maris et Femmes. Hélas, nettement plus intéressé par les succès que les échecs, le film fait l’impasse totale sur le trou noir créatif de la période 1999-2005 (de Celebrity à Melinda et Melinda) et, plus grave, n’aborde que très superficiellement les questions esthétiques de son œuvre, se contentant de commenter avec une autosatisfaction béate les récompenses et les recettes au box-office.
Le défilé de vedettes enthousiastes qui, sagement assises sur des canapés et éclairées comme pour un prime-time, chantent les louanges du Maître (de Diane Keaton à Penelope Cruz en passant par Dianne Wiest, Scarlett Johansson ou encore Sean Penn et Martin Landau) donne la désagréable impression d’assister à une oraison funèbre typiquement hollywodienne, chacun y allant de son qualificatif pour expliquer combien Woody « is so great ». Qu’en pense Allen lui-même ? Difficile à dire tant le réalisateur, pourtant habituellement avare en confidences sur son travail, ressemble ici à une sorte d’hurluberlu un peu gâteux, tout content de montrer à la caméra sa vieille machine à écrire et ses notes griffonnées sur du papier jaune. On ressort du film un peu sonné par cet embaumement en bonne et due forme. Pour en savoir plus sur l’artiste au travail, mieux vaudra se replonger dans les deux passionnants livres d’entretiens qui lui sont consacrés, menés par Stig Björkman et Eric Lax...
Fabien Reyre
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