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Confessions intimes
Critiques > 11 septembre 2012
Réfutant l’idée qu’un sujet grave appelle une forme empesée, Yolande Zauberman prend le parti-pris inverse et dissimule son propos sous un masque de désinvolture. En plus de rencontres organisées, le film est le fruit de déambulations dans les nuits de Jérusalem et Tel-Aviv et des rencontres fortuites que celles-ci ont provoquées. Avec une petite caméra, un enregistreur audio et une lampe torche, la réalisatrice capte sans façons les réactions des hommes et des femmes qui croisent son chemin alors qu’elle leur pose inlassablement l’un ou l’autre des versions de la grande question.
Ce micro-trottoir sans fin aurait pu s’avérer rapidement lassant, pourtant ce n’est pas le cas. Comme le « êtes-vous heureux ? » par lequel Marceline Loridan interpellait les passants parisiens dans Chronique d’un été, la question indiscrète de Yolande Zauberman prend les noctambules par surprise. Plus que ne l’aurait fait une question directement politique, elle les force à révéler très nettement quelque chose d’eux-mêmes – ne serait-ce que par ce qui naît soudain dans leurs regards ou par leurs attitudes corporelles. Les entretiens plus préparés n’ont pas la même saveur, mais restent prenants en ce qu’ils nous projettent dans le quotidien de ces Israéliens, nous font comprendre la façon dont ils vivent la situation au plus profond d’eux-mêmes. Le conflit que la plupart d’entre nous, spectateurs français, ne connaît que de façon assez abstraite prend soudain corps dans les histoires que les un(e)s et les autres confient à la caméra.
Derrière l’atmosphère nocturne que la réalisatrice a choisie pour son film et sa ponctuation par des plans d’anonymes réunis dans des bars et autres boîtes de nuit, on devine un attachement au fantasme qu’Israéliens juifs et Israéliens arabes pourraient tomber amoureux sans connaître l’identité de l’autre, venant ainsi prouver que les identités n’ont pas d’importance et que la paix est possible. Les témoignages recueillis orientent pourtant le propos dans une direction plus réaliste. La sensualité que la réalisatrice met en exergue dans ses images est peu présente en elle-même dans les discours de chacun. Elle semble toujours découler de l’altérité, de façon parfois volontariste : l’autre est désiré en tant qu’autre, parce que l’on a envie de se croire pionnier de la réconciliation ou simplement de briser une règle. Aucune de ces relations taboues ne voit le jour sans avoir été rendue possible au préalable par une indépendance d’esprit bien trempée. Une jeune fille avoue d’ailleurs avec lucidité que même si elle aimerait pouvoir envisager une telle relation, les Arabes ne sont pas les bienvenus dans les lieux de sortie qu’elle fréquente, y compris à ses propres yeux : « on ne veut pas les voir ». Pour la minorité arabe en particulier, c’est bien d’être visible aux yeux de l’autre qu’il est d’abord question.
Pour modeste que soit le film de Yolande Zauberman, aussi bien sur le plan formel que dans la construction de son propos, les questions ingénues de la réalisatrice auront su produire des moments de cinéma rares. Peut-être auront-ils de surcroît, pour certains Israéliens, quelque chose d’encourageant.
Olivia Cooper Hadjian