Accueil > Actualité ciné > Critique > A Bigger Splash mardi 5 avril 2016

Critique A Bigger Splash

© StudioCanal

Un coup dans l’eau, par Ursula Michel

A Bigger Splash

réalisé par Luca Guadagnino

Deux couples, une piscine, la chaleur écrasante d’un été caniculaire en Méditerranée : A Bigger Splash, remake de La Piscine de Jacques Deray, a tous les atours d’un drame psychologique à haute teneur sensuelle. Bénéficiant d’un casting de luxe et adossé à un scénario ayant par le passé prouvé son efficacité, Luca Guadagnino avait les cartes en main pour réaliser un film vénéneux et obsédant, comme a pu l’être son aïeul il y a quarante-cinq ans. Malheureusement, incapable de s’approprier pleinement son sujet, il livre un pâle fac-similé sans âme.

Marianne (Tilda Swinton), rock star exténuée et aphone, décide d’abandonner sa tournée pour se ressourcer avec Paul son petit ami (Matthias Schoenaerts) sur une île de la Méditerranée. Mais leur escapade en amoureux est rapidement stoppée par l’arrivée inopinée d’un ami et ex-amant de la chanteuse, Harry (Ralph Fiennes) accompagné de sa fille Pénélope (Dakota Johnson). Le passage du duo au quatuor ne se fait pas sans mal, attisant les tentations et les jalousies.

Le jeu des sept erreurs

A Bigger Splash ne dévie quasiment jamais de la trame de son prédécesseur, suivant pas à pas le chemin emprunté par Deray en 1969. Hormis quelques modernisations de-ci, de-là (la carrière de Marianne dont les maquillages de scène entrevus lors de flashbacks créent une filiation évidente et quelque peu maladroite avec David Bowie), Guadagnino respecte à la lettre le récit initial. Cette tiédeur à s’emparer pleinement de cette simple histoire de convoitise qui tourne mal explique en partie l’échec du cinéaste. Car vouloir transposer presque intégralement un film devenu culte, aurait nécessité un parti-pris personnel derrière la caméra. Si le choix de Tilda Swinton, dotée d’un physique atypique à mille lieues des canons de beauté jadis incarnés par Romy Schneider, s’avère un choix audacieux, on ne peut que déplorer la prestation de Matthias Schoenaerts. Pourtant parfait dans le rôle de Paul, jeune étalon musclé et bronzé, l’acteur pâtit sans cesse de la comparaison avec Delon, dont la beauté animale fascinait. Plus rugueux dans ses déplacements, Schoenaerts dégage lui aussi une sensualité quasi bestiale, mais elle apparait moins sournoise, moins dangereuse que celle du jeune Delon. Ce déséquilibre permanent entre l’original et le remake n’est toutefois pas le fait des comédiens (la prestation survoltée de Ralph Fiennes, irrésistible et agaçant en est une preuve), mais incombe aux choix de mise en scène. La déférence totale de Guadagnino à l’œuvre de Deray, sa reproduction presque servile imposent au spectateur un regard parallèle, cherchant sans cesse les ressemblances et les différences entre les deux films.

Ombres et lumières

Les scènes diurnes autour de la piscine ou dans les ruelles du village aux murs immaculés aux séquences nocturnes dans une gargote nimbée d’une sublime lumière bleutée, la beauté de la photographie captive l’œil là où le scénario lasse. En misant tout sur l’esthétique, parfois même jusqu’à faire ressembler les déambulations de Marianne à un shooting de mode, le réalisateur oublie de révéler la noirceur des âmes de ses héros. Parfait exemple de cette dérive charnelle, le personnage de Dakota Johnson est seulement vue et observée comme un corps excitant exempt de tourments ou de turpitudes. L’actrice, au demeurant peu inspirée semble-t-il par son rôle, ne compose jamais autre chose qu’une dragueuse vulgaire, oubliant au passage le sous-texte incestueux et la dimension générationnelle qui l’oppose à Swinton. En effet, les deux femmes symbolisent deux types de physiques mais surtout deux âges, deux féminités répondant à des besoins et des codes aux antipodes (l’adolescente et la femme). La Piscine ne traitait d’ailleurs que partiellement cette ambivalence, Birkin et Schneider, bien que de tempérament différent n’avaient que huit ans d’écart. Ainsi, A Bigger Splash regorge de zones laissées vierges par le réalisateur, trop occupé à reproduire pour innover. Dommage quand on voit comment la seule idée neuve, faire de Swinton un personnage muet (elle est en convalescence suite à une rupture de cordes vocales) apporte une tension inattendue et une ambiance anxiogène palpable.

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