Accueil > Actualité ciné > Critique > À moi seule mardi 3 avril 2012

Critique À moi seule

Captive, par Julien Marsa

À moi seule

réalisé par Frédéric Videau

Présenté cette année en compétition officielle au festival de Berlin, le troisième film de Frédéric Videau aborde de front un sujet difficile : une situation d’enlèvement et de séquestration d’une jeune fille. Un film courageux et brillamment interprété, mais dont la dispersion entre deux temporalités nuit à la qualité d’écriture.

Loin de l’affreuse neutralité d’un Michael, À moi seule rappelle plutôt, par son dispositif d’allers et retours entre passé et présent, entre captivité et tentative d’un retour en société, le récent Martha Marcy May Marlene. Pourtant, point de gourou à l’horizon, mais un homme solitaire, Vincent (Reda Kateb), kidnappant Gaëlle (Agathe Bonitzer), qu’il va se faire un devoir d’éduquer, se rêvant à la fois père, confident, ami. À moi seule se présente donc au premier abord comme le récit d’une relation complexe, d’un rapport de force qui sans cesse se déplace, envisageant à la fois la violence et les moments d’égarement d’une telle situation.

Sans pour autant, bien sûr, chercher à cautionner l’acte du kidnapping ou à trouver des excuses à ses personnages, Frédéric Videau relate le quotidien éreintant d’une fille devenant jeune femme sans pouvoir éprouver ce changement à la surface du monde, et du lien indéfectible qui se noue peu à peu avec le ravisseur. C’est la véritable force du film, que de réussir à bousculer les conventions et les idées reçues, en plongeant de manière crédible dans cet inexplicable trou noir que constitue la survie en captivité, sans jamais tomber dans l’excès de pathos ou le voyeurisme.

Se gardant également de jouer sur un suspense malvenu (le film commence par la libération de Gaëlle), Videau tente pourtant de faire entrer tant bien que mal dans son récit tout un pan sur les retrouvailles avec la famille, la difficulté à réapprendre à vivre en société, en liberté. Cette partie, bien moins inspirée et incomplète, aurait mérité un développement à part entière, et souffre finalement de la comparaison avec l’intensité et l’étrangeté des scènes entre Vincent et Gaëlle. Les personnages des parents semblent, par exemple, diablement plats et convenus en regard de ce territoire nouveau que le film se propose d’explorer avec la description de la captivité. À ne pas choisir entre le récit de « l’affaire » et son épilogue, Videau dilue la force et l’assurance d’une écriture qui sait pourtant se confronter aux situations les plus extrêmes.

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