Anna
Anna
    • Anna
    • France, Colombie
    •  - 
    • 2015
  • Réalisation : Jacques Toulemonde Vidal
  • Scénario : Jacques Toulemonde Vidal
  • Image : Paulo Andrès Pérez
  • Décors : Philippe Legler, Benoît Pfauvadel
  • Costumes : Claire Daguerre
  • Montage : Mauricio Lleras
  • Production : Noodles Production
  • Interprétation : Juana Acosta (Anna), Kolia Abiteboul (Nathan), Bruno Clairefond (Bruno), Augustin Legrand (Philippe), Alexandre Toulemonde (Fernando), Audrey Bastien (Julie)
  • Distributeur : Films Connection
  • Date de sortie : 5 juillet 2017
  • Durée : 1h36

Anna

Anna, une Colombienne installée à Paris, divorcée d’un Français et mère d’un petit garçon, se retrouve privée de son droit de visite en raison de sa lourde instabilité psychologique. Après avoir été poussée dans ses retranchements par son ex-compagnon aussi énervé que peu délicat, la jeune femme décide d’enlever l’enfant et de rentrer dans son pays natal avec la complicité d’un amant de passage peu clairvoyant. Après avoir débarqué dans sa famille, Anna comprend rapidement que personne n’est de son côté et que ses parents jugent son comportement peu raisonnable. Craignant pour la garde de son fils qui se pose de plus en plus de questions, elle décide alors de quitter les lieux pour entamer un road-movie chaotique à travers le pays. Les routes difficiles de Colombie et de mauvaises rencontres mettront, comme on peut malheureusement s’en douter trop rapidement, le plan à rude épreuve : l’absence de chemins de traverses, les brèves parenthèses artificiellement greffées à la cavalcade, le regard peu inspiré du cinéaste sur les désordres psychologiques de son personnage enterrent tous les espoirs que l’on pouvait fonder sur ce film aux prétentions pourtant modestes. Mais la relative sobriété de la mise en scène, qui aurait pu se mettre au service d’un scénario bien ficelé et de personnages finement écrits, finit par révéler la relative vacuité d’enjeux tracés à gros traits et de situations tellement cousues de fil blanc qu’elles rendent l’attachement aux personnages impossible. Pire, comme la dynamique du film repose essentiellement sur une succession de mauvais choix qui ne font que souligner l’échec de la mère à assumer ses responsabilités, on se retrouve dans la désagréable position de juge, incapable d’embrasser ses excès et sa démesure.

Ingrédients frelatés

À mesure que se déroulent les scènes, on a le sentiment que le réalisateur s’est contenté d’agrémenter son film d’ingrédients censés produire leur petit effet : un personnage moteur complètement borderline qui ne fait que rarement preuve de discernement, un pays (la Colombie) le plus souvent réduit à la peur et aux dangers qu’il inspire (à l’exception d’une fois où le récit déjoue nos craintes), des personnages secondaires qui tentent en vain de raisonner la jeune mère désespérée, etc. Seulement, à force de polariser à ce point les enjeux autour du personnage d’Anna (sans que la question de la maladie soit traitée autrement que par des crises d’hystérie et des comportements irresponsables), la mise en scène en oublie de construire un hors-champ spatial (les paysages accidentés de la Colombie offraient pourtant une belle matière) ou temporel (la relation qu’entretient Anna avec son entourage est réduite à une sorte d’immédiateté qui n’inscrit jamais vraiment sa maladie dans un contexte familial ou affectif plus complexe). On pourrait alors se raccrocher au regard de l’enfant, posant sur sa mère un regard lucide sur les dangers auxquels elle l’expose. Mais même à ce niveau, le film fait preuve d’une timidité désolante en cumulant les scènes où ce dernier ne supporte plus – et on le comprend bien ! – les accès d’humeur de celle qui l’a mis au monde (mis de côté par moments, il se prend ensuite une gifle totalement gratuite dans une autre scène). Ce parti-pris ne donne jamais la possibilité à quiconque (et le spectateur en premier) de poser un regard compatissant sur cette mère fragile qui comprend un peu trop tard qu’elle n’est pas en mesure d’assumer ses responsabilités. C’est d’autant plus dommage qu’on devine que le réalisateur a pourtant voulu traiter son sujet avec humanité et respect pour son héroïne. Mais son regard manque bien trop de hauteur pour qu’Anna puisse bénéficier du souffle espéré.