Annabelle 2 : La Création du Mal
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Annabelle 2 : La Création du Mal
    • Annabelle 2 : La Création du Mal
    • (Annabelle: Creation)
    • États-Unis
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : David F. Sandberg
  • Scénario : Gary Dauberman
  • Image : Maxime Alexandre
  • Décors : Jennifer Spence
  • Costumes : Leah Butler
  • Montage : Michel Aller
  • Musique : Benjamin Wallfisch
  • Producteur(s) : Peter Safran, James Wan
  • Production : Atomic Monster, Safran Company
  • Interprétation : Talitha Bateman (Janice), Lulu Wilson (Linda), Anthony LaPaglia (Samuel Mullins), Stephanie Sigman (Soeur Charlotte), Miranda Otto (Esther Mullins), Samara Lee (Annabelle Mullins), Philippa Coulthard (Nancy)...
  • Distributeur : Warner Bros France
  • Date de sortie : 9 août 2017
  • Durée : 1h49
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Annabelle 2 : La Création du Mal

Annabelle: Creation

réalisé par David F. Sandberg

Au tout début d’Annabelle 2, une séquence retrace la création de la poupée démoniaque découverte dans Conjuring. Sur la boîte en bois dans laquelle repose la fillette de porcelaine, son créateur inscrit un petit « 1 sur 100 », indiquant que la poupée est la première d’une série : après tout, en sa qualité de prequel, le film est bien le « premier » dans la chronologie de longs-métrages mettant en scène le jouet maléfique. Mais surtout, la scène a valeur d’allégorie du statut du film, objet s’inscrivant dans un ensemble dont il n’est qu’un composant parmi d’autres et qui, pourtant, parvient à trouver une forme de singularité. Annabelle 2 n’est pas sans défauts : à l’instar des autres films de la franchise pilotée par James Wan, le film cultive une imagerie religieuse, voire franchement bigote, et souscrit à un programme attendu composé de jump-scares, d’apparitions démoniaques, de lévitations d’objets, de possessions et d’autres figures identifiées du cinéma horrifique. Mais à l’inverse de bon nombre de films de genre, ce programme repose moins, comme on pourrait pourtant le croire, sur un catalogue de passages obligés que sur une dynamique d’écriture – si bien que même des metteurs en scène médiocres, comme ici David Sandberg, réalisateur du décevant Dans le noir, s’y attellent avec un certain brio.

C’est que la « recette » des Conjuring et consorts n’est pas sans renouer avec une tradition horrifique portant en elle une rigueur de mise en scène : ce qu’organise chacun des films est la conquête d’un espace (ici, une grande bâtisse où sont accueillies des orphelines) par une présence (un démon) qui peuple l’univers domestique d’ombres et de figures terrifiantes. Là où le film est d’une parfaite platitude pour présenter les personnages ou définir leurs interactions, il façonne à l’inverse des séquences impeccablement découpées en inscrivant dans le cadre la cohabitation de ces deux variables (l’espace familial et le mal rampant qui s’y affirme) pour favoriser l’émergence de la terreur.

Pièges et toiles

Cette rigueur n’est toutefois pas exempte de rigidité : le film s’appuie moins sur un récit construit et cohérent que sur une succession de situations que la narration ne parvient pas toujours à habilement conclure (comme en témoigne une scène où une fillette voit sa chambre envahie par un démon qui, finalement, la laissera dormir jusqu’au petit matin). Si cette logique fragilise le film, elle lui confère toutefois une forme de raideur assez noble, Sandberg assumant pleinement cette dynamique qui fait d’Annabelle 2 une simple suite de pièges, de toiles, où le mal attend patiemment la bonne occasion pour sortir de la pénombre afin de ravir ses victimes. Sachons gré à James Wan d’avoir réussi à imposer dans le champ appauvri du cinéma horrifique un ensemble de films délaissant toute ambition de « renouveler le genre » pour mieux s’appuyer sur ses fondamentaux. La récurrence du tropisme religieux illustre dès lors bien le crédo qui fait la réussite modeste de cette franchise : l’orthodoxie.