Accueil > Actualité ciné > Critique > Appleseed mardi 6 septembre 2005

Critique Appleseed

Human nature, par Audrey Jeamart

Appleseed

réalisé par Shinji Aramaki

Adaptation fidèle du manga éponyme de Masamune Shirow, le papa de Ghost in the Shell, Appleseed se révèle une réussite tant graphique que scénaristique. Le grand défi des films d’animation et a fortiori de science-fiction sera toujours de parvenir à faire entrer le spectateur dans leur univers, de le familiariser avec des personnages et des décors qui n’ont rien à voir avec notre réalité. Pour Appleseed, le contrat est rempli, puisque l’univers du film nous entraîne dans la découverte d’un monde sans pour autant nous y perdre. Quant aux personnages et aux mésaventures qu’ils traversent, cela nous parle indubitablement, puisque l’enjeu du film n’est autre que l’avenir de l’humanité.

2131, dans la cité d’Olympus. Suite à une nouvelle guerre mondiale, la quasi totalité de la planète a été détruite. Petit bastion sauvegardé, Olympus est géré par Gaïa, un ordinateur géant doté d’une intelligence artificielle. Dans cette cité cohabitent des humains et des bioroïdes, sortes de clones d’humains auxquels on a ôté tout sentiment. Ignorant l’amour et la haine, les bioroïdes sont les garants de la stabilité de la société, puisque jusqu’à présent, les guerres ont été provoquées par les passions humaines. Certes, dans la réalité, ce n’est pas le seul facteur à rentrer en ligne de compte dans l’émergence d’une guerre, mais le film n’est qu’une fable qui pointe un trait saillant en écartant les autres pour lui donner plus d’importance.

Appleseed est donc l’occasion pour Shinji Aramaki, le réalisateur, de s’interroger sur le thème éculé de la cohabitation entre les humains et les machines, tout en évitant les écueils traditionnels de la lamentation des bioroïdes sur leur sort et leur différence. Hitomi, la bioroïde qui a recueilli Deunan Knute, l’héroïne, sur le champ de ruines où elle combattait, s’interroge simplement sur l’effet que cela fait d’être amoureux. Elle raconte à Deunan qu’elle en comprend le concept, mais qu’elle ne peut pas le ressentir. Mais chacun dans cette société semble accepter sa condition, les humains sont tempérés par les bioroïdes, et ces derniers ont la satisfaction de protéger la société. La rébellion des machines a fait l’objet d’autres films, et n’est pas ici le propos principal. Quant à Briareos, l’homme devenu cyborg, ses regrets et sa souffrance de ne plus pouvoir avoir avec Deunan la même relation qu’avant sont perceptibles et touchants, sans pour autant être trop démonstratifs.

La principale préoccupation véhiculée par le scénario est l’avenir de l’humanité. Au fil de ses aventures, Deunan découvre d’abord un complot destiné à mettre fin à l’existence des bioroïdes (étant donné qu’ils sont dépourvus de fonctions reproductrice, le fait de détruire l’endroit où ils se régénèrent aboutit à un génocide sans aucune tuerie), puis à celle des humains eux-mêmes. Révoltée et bien décidée à sauver l’humanité, Deunan est la dernière à pouvoir enrayer le processus. « Nous construirons nous-même notre futur ! », s’exclame-t-elle avant de s’élancer dans le vide pour aller accomplir sa mission. Le Conseil des sept vieux sages, d’abord opposé à Deunan, finit par l’aider par une intervention surnaturelle : ils ont décidé de faire confiance aux hommes, et de laisser la planète entre leurs mains. Encore plus efficace que n’importe quel documentaire sur les catastrophes écologiques ou les génocides à travers le monde, le message du film, traversé d’un élan romanesque, fait prendre conscience au spectateur du pouvoir qu’il a sur le monde et de sa responsabilité sur la planète. Bien sûr, c’est de la fiction, et même de la science-fiction, mais il y a dans ces scènes quelque chose de profondément parlant et convaincant : nous nous sentons concernés en tant qu’êtres humains. Le film d’Aramaki, destiné à être un divertissement, permet aussi une prise de conscience.

Mais revenons au divertissement. Rien n’a été laissé au hasard pour faire de ce film d’animation un exemple de réalisme. La technique du toon-shading, permettant de transformer la 3D en 2D traditionnelle a ici été associée à celle de la motion-capture, autrement dit la détection et la restitution par ordinateur des mouvements de vrais acteurs, recouverts d’une combinaison spéciale et de capteurs lumineux qui permettent de donner naissance à des personnages aux mouvements fluides et réalistes (voir les cheveux des personnages, qui ondulent magnifiquement) et d’apporter du crédit aux scènes d’action.

Réussite technique mais aussi scénaristique, Appleseed est donc un film d’animation de très bonne facture, disposant d’un bon rythme et de graphismes très réalistes, mis en valeur par une caméra habile, parfois aérienne, qui prouve qu’en animation aussi on peut réaliser de beaux mouvements de caméra, et proposer une mise en scène ayant de la personnalité. Nous passerons sur les arrière-plans parfois mal définis et le côté conventionnel de certaines scènes pour reconnaître qu’Appleseed est un film d’animation entraînant et intelligent comme nous en souhaiterions plus souvent.

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