Accueil > Actualité ciné > Critique > Au bout de la nuit mardi 24 juin 2008

Critique Au bout de la nuit

Vice et Vertu, par Nicolas Journet

Au bout de la nuit

Street Kings

réalisé par David Ayer

Tom Ludlow est le meilleur détective de l’Ad Vice, unité spéciale de la police de Los Angeles… Accusé à tort du meurtre d’un collègue, Ludlow va devoir lutter seul contre le système corrompu pour prouver son innocence… Du polar costaud, mais sans surprise…

En quelques films, David Ayer s’est posé en nouvelle référence du polar américain. Ses débuts comme scénariste ont clairement donné un nouveau souffle au genre grâce aux très bons Training Day et Dark Blue. Sa description du monde policier revitalisait des codes rendus moribonds par l’adjonction disproportionnée de pyrotechnie, qui avait fait progressivement basculer le film noir vers une pure cinématographie d’action. On retrouvait enfin des personnages forts. On replongeait avec plaisir dans les contradictions de l’exercice de l’ordre.

Passé à la réalisation en 2005, avec Bad Times, qu’il avait également écrit, David Ayer livre avec Au bout de la nuit son premier film de commande. Il réussit à y apposer sa marque faite d’un désir documentaire à décrire les méandres de l’organisation policière, d’une prépondérance pour les plans moyens au détriment des plans larges afin d’insuffler un rythme nerveux à l’ensemble, d’un goût certain pour les héros borderline à l’ambiguïté ici scellée à l’alcool, et d’une envie malheureusement trop rare d’oser aller tourner dans de véritables banlieues chaudes.

Malgré ses qualités non négligeables, Au bout de la nuit n’arrive que trop rarement à susciter l’enthousiasme. La faute à un scénario tellement classique qu’il en devient prévisible. L’idée originale est l’œuvre de James Ellroy. Lui avait placé son récit dans le Los Angeles post-émeutes de 1992. Du coup, sa narration reposant sur une vaste affaire de corruption dans les rangs des forces de police donnait un sous-texte sociétal puissant qui exacerbait les tensions entre les personnages et menait le film hors des sentiers battus.

Les producteurs ont fait le choix de transposer l’histoire de nos jours. Grave erreur. Coupé de sa base thématique, comme un poulet sans tête, le film divague sans nécessité établie. Quelques dialogues surnagent. Des situations étonnent. Mais en général, les séquences s’enchaînent platement les unes aux autres. Les rebondissements tombent à plat. Dommage. Quand le film noir fait se frôler une petite histoire avec la plus grande, il confère au chef-d’œuvre (M le Maudit, Casablanca…).

Crispé dans sa logique étriquée, Au bout de la nuit ne touche que trop rarement à ce qui fait le cœur du polar : la divagation, l’échappée belle... Là où le temps se dilate. Là où l’errance permet de saisir la complexité du monde urbain. Quand Ludlow se dresse sur les collines sépulcrales surplombant L.A. alors que l’aube se lève, l’écran éclate enfin de beauté, l’image acquiert une densité, le rapport à la ville se fait charnel… Malheureusement, il s’agit de la scène finale.

À noter dans Au bout de la nuit – Hugh Laurie (Dr House) et Amaury Nolasco (Prison Break) – comme dans le récent Gone Baby Gone de Ben Affleck – Michael K. Williams et Amy Ryan (The Wire), la présence dans la galerie de seconds rôles de nombreux acteurs de série télévisée. Aujourd’hui, pour les gueules d’atmosphère, le petit écran fait office de vivier principal.

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