• L’Autre Côté de l’espoir
  • (Toivon Tuolla Puolen)

  • Finlande
  • -
  • 2016
  • Réalisation : Aki Kaurismäki
  • Scénario : Aki Kaurismäki
  • Image : Timo Salminen
  • Décors : Markku Pätilä
  • Costumes : Tiina Kaukanen
  • Son : Tero Malmberg
  • Montage : Samu Heikkilä
  • Producteur(s) : Aki Kaurismäki
  • Production : Sputnik Oy, Oy Bufo Ab, Pandora Film
  • Interprétation : Sherwan Haji (Khaled), Sakari Kuosmanen (Wikström), Janne Hyytiäinen (Nyrhinen), Nuppu Koivu (Mirja), Ilkka Koivula (Calamnius)...
  • Distributeur : Diaphana Distribution
  • Durée : 1h38

L’Autre Côté de l’espoir

Toivon Tuolla Puolen

réalisé par Aki Kaurismäki

Auréolé de l’Ours d’argent du meilleur réalisateur à Berlin, le « dernier » Aki Kaurismäki approche de biais le sujet très politique des migrants en Europe (déjà abordé dans Le Havre, la première partie d’une trilogie condamnée à rester un diptyque). Wikström, un représentant de commerce finlandais, vendeur de chemises ambulant qui tente de refaire sa vie comme restaurateur, recueille un migrant syrien endormi dans l’arrière-cour de son restaurant. Après un échange de coups de poing, il l’emploie dans son équipe de bras cassés et le soutient dans ses démarches pour obtenir l’asile politique et retrouver sa sœur dont il a été séparé au cours de son périple. Loin du mélodrame attendu pour un tel sujet, De l’autre côté de l’espoir est tout en incidence, décalage, contre-point et propose une vision drôle et délicate d’une rencontre entre deux mondes.

Drame détaché

Cette odyssée du migrant, qui permet d’observer les arcanes juridiques de la société finlandaise (poste de police, centre d’accueil des réfugiés, tribunal) ne porte en germe aucune dramatisation du récit. Si Khaled y apparaît pour la première fois le visage noir, clandestin couvert de suie au sortir d’un tas de charbon, il est davantage filmé comme une présence fantomatique, qui n’est pas sans rappeler les esprits d’Oncle Boonmee d’Apichatpong Weerasethakul, qu’à la façon d’un réfugié traqué dans sa cale sèche. Les référentiels cinématographiques du film, tantôt la sitcom (notamment dans le décor du restaurant), tantôt le film noir (la berline, la partie de poker, le travail des lumières) renforcent cette artificialité assumée. La rigidité des scènes sert à déréaliser le réel, met à distance les enjeux d’empathie et fait basculer le récit du côté de la fable. Son faux suspense (le jeune Syrien sera-t-il renvoyé chez lui ?) permet surtout d’aborder les poncifs attendus d’un œil détaché (jeunesse extrémiste, justice incompétente) tout en laissant la place aux rouages d’une comédie réussie.

Merveilleux

Le petit groupe qu’intègre Khaled – le restaurateur, le portier, la serveuse et le cuistot – ravit par son incompétence et ses étranges mines sombres (à l’image des apparitions de ce vieux rocker folk qui ponctue le film). De ces personnages grotesques coincés dans des environnements de naphtaline, Kaurismäki tire de très belles scènes de comédie qui jouent de la ringardise de la Finlande. Mais la farce est aussi le vecteur d’une grande bienveillance à l’égard des Finlandais et de leurs limites. La scène pince-sans-rire de modernisation du restaurant, qui se lance dans la gastronomie japonaise et doit, victime de son succès, confectionner des sushis au hareng mariné, est à l’image de l’ensemble du film : une réponse décalée à un problème bien réel. Car le second enjeu du film, derrière l’intégration de Khaled, est bien celui du « nouveau départ » de Wikström : dès lors, si le Finlandais se pose comme une solution pour Khaled, l’inverse apparaît comme également vrai. Ce que Kaurismäki semble insinuer, c’est que cet « envers du décor » porté par titre, celui de la désillusion du migrant dans sa confrontation au réel, peut être aussi interprété comme un autre espoir, pour la Finlande, né d’une rencontre inattendue et d’un sens retrouvé dans la générosité et le vivre ensemble.