Accueil > Actualité ciné > Critique > Babylon A.D. mardi 19 août 2008

Critique Babylon A.D.

Le chauve ne sourit plus, par Matthieu Santelli

Babylon A.D.

réalisé par Mathieu Kassovitz

Surmontant maints problèmes financiers, techniques, humains et artistiques, Mathieu Kassovitz est tout de même parvenu à finir son film, le plus ou moins attendu Babylon A.D., adaptation de Babylon Babies de Maurice G. Dantec. Mais de l’histoire dense et thématiquement riche du roman d’origine, seule la trame a survécu aux assauts que subissent généralement les coproductions et qui les rendent si convenues. Et Babylon A.D. ne fait pas exception.

La montagne a donc accouché d’une souris. La montagne : la lutte qu’aura menée Kassovitz pour produire son film, sa discorde avec Vincent Cassel à qui il a préféré une star internationale (Vin Diesel) pour incarner le héros, l’adaptation du roman culte du controversé Dantec, le gonflement du budget, les caprices de la star, les difficultés du tournage, l’ambition de faire un film de genre français en dépit des capitaux américains, etc... La souris : un banal film de S.F. de plus. Tout ça pour ça. Car Babylon A.D. oscille entre Le Cinquième Élément et Les Fils de l’Homme, mais n’apporte qu’un modeste caillou à l’édifice des récits d’anticipation cinématographiques. Une fois de plus un héros bourru, qui traîne son amertume en faisait profil bas dans la marge de la société, se voit confier une mission d’apparence banale mais dont en réalité pourrait bien dépendre le sort du monde. Une fois de plus, l’espoir de l’humanité repose en la personne d’une jeune pucelle angélique et préservée du monde, donc innocente, mais pas dupe pour autant. Et une fois de plus tout cela se terminera en demi-teinte jusqu’au prochain film du même genre.

Pourquoi utiliser le roman de Dantec pour le réduire à une histoire déjà vue et rabâchée ? Et pourquoi tenter de s’ériger un statut de super-auteur indépendant si c’est pour filmer efficacement mais sans passion ? Car concernant Kassovitz, un malaise subsiste. Trop vite décrit comme un jeune prodige, les critiques et le public lui ont laissé se bâtir une réputation quelque peu usurpée sans qu’il ait eu vraiment à les convaincre. Il aura suffi d’un seul film (La Haine) dans l’air du temps – soit légèrement en avance – pour qu’il soit qualifié une bonne fois pour toutes de visionnaire. Or, à le voir traiter un genre par définition visionnaire et un sujet éminemment politique dans un film qui, au contraire, semble en retard et lavé de tout thème sensible, on se dit qu’il y a un problème quelque part. On s’est peut-être emballé.

Pourtant, s’il devait y avoir un film de sa filmographie qui appelle à l’indulgence, ça serait bien Babylon A.D. qui n’est pas mauvais, mais seulement anodin. Débarrassé du discours douteux et pamphlétaire qui rendait Assassin(s) odieux, déchargé de maladresse franco-française qui alourdissait Les Rivières pourpres, allégé du cahier des charges hollywoodien qui formatait Gothika, Babylon A.D. permet de percevoir le réalisateur Kassovitz tel qu’il est : habile dans l’exposition de son univers, honnête dans l’attachement à ses personnages, mauvais dans le traitement de l’action, creux dans ses ambitions artistiques et nul dans son discours. En réalité, la direction que prend le (plus si) jeune cinéaste au fil de son œuvre se traduit par l’effacement d’une quelconque personnalité, la diminution du moindre propos, l’estompage de son désir de filmer. On aurait presque l’impression qu’il se soumet à l’impitoyable (mais juste) comparaison de Godard qui affirmait que ses films n’étaient pas filmés par lui mais par une caméra Sony. Devenir une caméra Sony ? Enregistrer indifféremment mais avec les dernières innovations technologiques ce qui nous passe sous le nez ? Étrange et morbide conception du cinéma. Et pourtant c’est ce à quoi semblent aspirer beaucoup de jeunes cinéastes français, avec leur fascination naïve pour le toc visuel, les effets du montage numérique et tout ce qui pourrait taper l’œil.

Que reste-t-il alors ? Vin Diesel (avec qui Kassovitz eut de grosses « divergences artistiques »), qui trimbale son bagout nonchalant, son professionnalisme très américain et son charisme magnétique tout le long de cette coprod’ pas si différente des films qu’il fait habituellement. Le cinéma de genre français sauvé in extremis par le star-system hollywoodien ? On a connu spectacle moins triste.

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