Accueil > Actualité ciné > Critique > Bad Teacher mardi 2 août 2011

Critique Bad Teacher

Oh la vilaine, par Olivia Cooper Hadjian

Bad Teacher

réalisé par Jake Kasdan

La production de personnages susceptibles de nous apparaître comme des versions améliorées de nous-mêmes est, on le sait, l’un des ressorts du plaisir cinématographique. À l’opposé, on a souvent recours dans le registre comique à des figures d’anti-héros qui font tout ce que nous nous interdisons généralement de faire – par orgueil, par éthique ou par habitude. Bad Teacher, tout en s’inscrivant dans cette tradition, nous acoquine avec un personnage assez atypique : une sorte de Monsieur Mégot transplanté dans le corps de Cameron Diaz.

Le talent et la faille d’Elizabeth, c’est sa détermination. Rien en effet ne la détourne d’un objectif très précis : celui de trouver un mari suffisamment riche pour lui permettre d’abandonner une profession dont elle n’a cure. Les temps sont rudes et les bons partis rares, si bien qu’Elizabeth se met en tête d’avoir recours à la chirurgie esthétique – une grosse paire de seins lui semble être à même de résoudre tous ses problèmes. Tout au long du film, la blonde enseignante a donc recours aux stratagèmes les plus retors pour récolter la somme nécessaire à son opération.

Une partie du potentiel de divertissement de Bad Teacher tient à d’archaïques pulsions d’écolier(e) : voir un individu censé remplir la noble fonction de professeur humilier ses élèves, les gaver de films en guise de cours et arriver au collège avec la gueule de bois nous renvoie aisément en enfance. Comme si, après avoir été à l’affût de la moindre faille du corps enseignant pendant des années, nous découvrions enfin sa face cachée.

Mais plus que dans la position d’élève, c’est surtout avec l’héroïne que le film nous place ; au-delà du plaisir nostalgique, c’est donc en nous faisant adhérer à une éthique subversive qu’il se fait relativement jouissif. Pour Elizabeth, en effet, la bienséance, le respect des autres et des règles de la vie en communauté ne pèsent pas lourd en regard de ses objectifs personnels. Pendant 1h33, nous sommes donc amenés à adopter une vision du monde (si l’on peut dire) assez politiquement incorrecte par son individualisme sans fard. Tout cela se manifeste par le biais d’un humour verbalement assez salé, parfois potache, qui se maintient à un rythme honorable. Quelques moments parviennent même à surprendre, comme cette belle scène de fornication habillée.

La relative réussite du film tient beaucoup au casting. Il réussit à alléger en bonne partie un scénario qui ne fait pas dans la dentelle, et à souvent éviter l’ennui dont pouvaient être source les personnages secondaires, tous rigoureusement typés. Justin Timberlake – le bon parti – parvient allègrement à faire de l’outrance du scénario un atout comique, tandis que Jason Segel donne joliment chair au seul personnage du film qui ressemble à un véritable être humain.

Évidemment, le film ne peut se terminer par un triomphe de l’amoralité, c’est donc cet homme que la blonde finira par choisir, renonçant ainsi à son bon parti et à son silicone. Mais ce revirement n’est que le point final du film et n’entame pas le plaisir coquin que l’on peut prendre à fantasmer sur le modèle d’une vie vouée exclusivement à la recherche de son intérêt propre et dénuée de toute culpabilité.

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