Barry Seal : American Traffic
© Universal Pictures
Barry Seal : American Traffic
    • Barry Seal : American Traffic
    • (American Made)
    • États-Unis
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Doug Liman
  • Scénario : Gary Spinelli
  • Image : César Charlone
  • Décors : Dan Weil
  • Costumes : Jenny Gering
  • Montage : Andrew Mondshein
  • Musique : Christophe Beck
  • Producteur(s) : Brian Grazer, Ron Howard, Doug Davison, Brian Oliver, Tyler Thompson, Kim Roth
  • Interprétation : Barry Seal (Tom Cruise), Sarah Wright (Lucy Seal), Domhnall Gleeson (Monty Schafer), Jesse Plemons (shérif Downing), Caleb Landry Jones (Bubba), Alejandro Edda (Jorge Ochoa)...
  • Distributeur : Universal Pictures International France
  • Date de sortie : 13 septembre 2017
  • Durée : 1h55

Barry Seal : American Traffic

American Made

réalisé par Doug Liman

Il faut attendre la fin de l’épopée de Barry Seal, pilote d’avion qui s’est retrouvé de fil en aiguille au cœur des trafics les plus douteux de l’Amérique du sud (travaillant conjointement avec la CIA, le cartel de Medellín et la dictature du Nicaragua), pour qu’un plan parvienne à frapper un peu. Ce plan, c’est celui d’une disparition : l’image analogique du héros se figeant avant d’être ravalée, seconde après seconde, par la blancheur d’une cassette qui se dérègle. Belle idée, d’autant plus troublante qu’elle pointe finalement une gravité derrière l’aventure trépidante du héros campé par un Tom Cruise misant sur son charme et sa légèreté pour faire oublier que, mine de rien, son corps commence à accuser le poids des années. Mais le plan glisse malgré tout, ravalé par l’insouciance d’un film qui plonge, avec beaucoup d’ironie, le spectateur dans une Amérique des années 1980 figurée avant tout comme un magma d’images clinquantes citant autant Scarface, Top Gun que le rise and fall scorsesien.

C’est que Barry Seal est l’histoire d’un homme grisé par l’attrait de l’aventure ; un citoyen potentiellement modèle (pilote doué, mari et père de famille aimant) qui, fatigué d’un quotidien trop monotone, cherche le grand frisson. L’argent n’est au fond qu’une motivation secondaire de ses exactions (il finit d’ailleurs par en avoir trop, les billets débordent des placards, des valises, des cartons à chaussures, du coffre des banques, du sol de la maison où le héros accumule ses gains frauduleux), c’est l’aventure qui le guide – même l’exécution, à la fin du film, de ses heures de travaux d’intérêt général est dépeinte comme le quotidien d’un espion. Si le scénario repose sur une vitesse qui télescope les années et les espaces avec une vélocité indéniable, le film souffre toutefois de faire de ce débordement (du désir, de l’argent, de la drogue et de l’excitation) le moteur de l’avancée d’un récit que Doug Liman, pourtant habile artisan (se souvenir d’Edge of Tomorrow et Mr & Mrs Smith), filme comme un clip où rien, à l’exception de ce plan fugace de Cruise disparaissant dans l’abîme, ne vient creuser une aspérité.