Accueil > Actualité ciné > Critique > C’est l’amour mardi 8 mars 2016

Critique C'est l'amour

L’inconnue du Var, par Axel Scoffier

C’est l’amour

réalisé par Paul Vecchiali

Un couple se déchire, un autre se retrouve – avant de se séparer, vaincu par les élans amoureux d’une inconnue déboussolée. La trame narrative du nouveau Vecchiali, d’une grande simplicité, sans enjeu dramatique fort, est prétexte à une mise en scène lyrique outrée, dissonante et réjouissante. L’atypique auteur de Femmes femmes et de Corps à cœur, de retour sur la scène française depuis quelques années, reforme le duo d’acteurs des Nuits blanches sur la jetée, Astrid Adverbe et Pascal Cervo, pour un face à face d’un romantisme décalé.

Une barbe et des fleurs

Le film marque dès l’abord par son artificialité discrète et assumée : au-delà du titre ensanglanté, les environnements et costumes sont légèrement trop colorés, les motifs floraux se multiplient à l’écran (imprimés de robe, de rideaux, de papier peint, bouquet en vase etc.)... Le monde présenté, d’une grande banalité provinciale, est légèrement gonflé, comme plastifié. En plus de son incarnation à l’image, le formalisme de la mise en scène transparaît dans le choix des personnages – un viticulteur arménien barbu à robe de chambre à fleurs, un comptable musclé en chemise blanche, un acteur au foulard rouge et au veston en cuir et une femme au foyer à la robe plissée. Le film ne ménage pas ses effets de distanciation, que ce soit par le détournement de ses modèles (L’Inconnu du lac de Guiraudie devenant La Coqueluche de la plage de Rigodon), par les débordements du décor (« c’est très très bien décoré ici »), ou par les situations elles-mêmes (une scène de danse absurde, en plein jour, sur un quai du village). Les dialogues, souvent très drôles et sur le fil de la caricature, se trouvent rehaussés par des séquences chantées très expressives.

Double je

Ce réel augmenté, ancré dans une petit bourgade varoise, royaume de la Modus, du fax et de la poudre chocolatée, est porteur d’un lyrisme feint qui se révèle d’une incroyable fertilité émotionnelle. L’artificialité du dispositif et la pesanteur du prosaïsme régional transcendent la banalité de situations et portent le regard sur la vérité des sentiments, qui, harmonieux ou conflictuels, éclatent libérés des conventions de représentation. En sonnant volontairement faux, le film se débarrasse ainsi d’une lourdeur souvent rédhibitoire dans le genre du drame romantique. En particulier, deux très belles scènes de dialogue se trouvent revues (et rejouées) sous deux angles différents, successivement centrées sur un seul personnage et invitant à deux interprétations, selon deux identifications. Au-delà de l’émotion dégagée par les discussions, ce dispositif invite directement à questionner les effets de réception et d’interprétation propres à chacun, et met en scène explicitement le rôle clef du point de vue du réalisateur dans la transmission d’un ressenti.

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