Accueil > Actualité ciné > Critique > Cadavres à la pelle mardi 30 août 2011

Critique Cadavres à la pelle

Namedropped, par Vincent Avenel

Cadavres à la pelle

Burke and Hare

réalisé par John Landis

« Culte. » En voilà un bel adjectif – des plus galvaudés aujourd’hui, certes. Mais, au moment où John Landis est devenu un « réalisateur culte », ça signifiait encore quelque chose. Avec les excellents Blues Brothers (1980) et Loup-Garou de Londres (1981), le réalisateur s’est taillé une solide réputation d’amuseur cinématographique de haut vol. À tel point qu’on ne sait pas grand-chose du reste de sa filmographie, et que l’annonce d’une nouvelle comédie macabre sous ses ordres fait figure d’évènement. Mais, des films, John Landis en a tourné depuis ces deux succès – ils sont peu à avoir franchi les portes du Panthéon du 7ème art, et ce n’est pas le moche et creux Cadavres à la pelle qui va changer les choses.

Pourtant, on pouvait espérer : après tout, John Landis a été l’auteur d’un des plus remarquables épisodes des deux saisons de Masters of Horror, le redoutable Deer Woman, où le réalisateur a retrouvé avec bonheur son sens de la dérision et du fantastique drolatique. Alors, mettre dans ses mains l’histoire de Burke et Hare, pilleurs de tombes à Edinburgh au XIXe siècle, voilà qui était prometteur. Lorsqu’on sait que Tom Wilkinson et Tim Curry (qui porta, un temps, les fringues du Dr Frank-n-Furter dans The Rocky Horror Picture Show, une référence du bon goût) y officient en seconds rôles, tandis qu’Andy Serkis et Simon Pegg endossent les rôles-titres, on peut s’attendre à un joyeux festival de cabotinage. Et tout ça, chez Ealing, le studio des merveilleux Tueurs de dames et Noblesse oblige !

Mais non. Aligner une série de noms prestigieux et prometteurs, ça ne fait pas un film. Burke et Hare sont donc deux malfrats de bas étage, toujours à l’affût de l’argent nécessaire à payer leur logis du lendemain. Les circonstances font qu’ils se retrouvent avec un cadavre frais sur les bras – cadavre dont l’une des deux académies de médecine de la ville va les débarrasser avec joie. Celles-ci sont en concurrence, et la visite prochaine du pouvoir royal décidera de laquelle des deux va survivre, grâce aux subventions étatiques : il faut donc du matériau, les nécessités de la dissection et de la recherche étant ce qu’elles sont. Burke et Hare, devenus pourvoyeurs en macchabées, vont bientôt se trouver à court de morts naturelles, et donc hâter quelque peu le trépas des futurs sujets d’étude des carabins.

Ealing, Landis, Curry, Pegg – tous ces noms s’accordent avec une vision prémonitoire de Cadavres à la pelle : mauvais goût assumé, humour noir élégant et aristocratique (ou pas), limites de la décence dépassées avec une réjouissante bonne humeur… Nous sommes en plein Grand Guignol [1], que diable ! Hélas, le film de John Landis est pataud, engoncé, peut-être, dans des moyens par trop imposants. Certes, l’Edinburgh dans lequel évoluent nos anti-héros est crédible, et les tons de couleurs adoptés par le directeur de la photographie John Mathieson d’un vert poisseux tout à fait adapté au sujet [2]. Costumes et décors, props et jargon gentiment ordurier sont au rendez-vous…

C’est peut-être une nouveauté pour Landis, pas vraiment un habitué des films « en costumes » – et le pauvre ne semble pas s’en remettre. Il se plait à balader sa caméra dans ces décors chargés, prend manifestement son pied à nous montrer comme tout est beau et bien… et oublie de nous raconter son histoire. On ne rit guère, donc, à la vision de ces Cadavres à la pelle, on n’est pas plus dégoûté que ça non plus – et pourtant, le sujet s’y prêtait. Simon Pegg et Andy Serkis cabotinent à mort, certes, mais sans vraiment croire à leurs personnages, ce qui fait que la vilénie de l’un, le sens de l’honneur de l’autre n’existent pas vraiment à l’écran. Les deux acteurs demeurent prisonniers de leurs noms, et du succès hérités de leurs films précédents. Quant à Landis, c’est nous qui sommes prisonniers des agréables souvenirs de ses deux grands succès : à trop espérer, on est plus déçus encore. Cadavres à la pelle a le mérite de nous rappeler que les réussites de John Landis ne sont que le haut d’un panier où la qualité est rarement au rendez-vous. Son dernier film est à classer parmi les plus médiocres.

Notes

[1Genre de théâtre morbide et sanglant, ancêtre du gore cinématographique.

[2À ce sujet, saluons les concepteurs de l’affiche française, qui ont pris la verdâtre affiche originale, pour y placer un fond d’un orange parfaitement hideux. Bravo !

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