Accueil > Actualité ciné > Critique > Cañada Morrison mardi 18 novembre 2014

Critique Cañada Morrison

Le temps de Lila, par Gildas Mathieu

Cañada Morrison

Ciencias Naturales

réalisé par Matías Lucchesi

Avec sa crinière rousse, sa voix stridente et son caractère bien trempé, la petite Lila, 12 ans, s’inscrit d’emblée dans la grande tradition des héros enfantins : têtue comme une mule, de l’énergie à revendre, elle se montre prête à tout pour atteindre son but. Ici retrouver son père, qu’elle n’a jamais connu, quitte à fuguer de son pensionnat et à traverser les montagnes. Armée d’un maigre indice (une plaque de cuivre portant le nom d’une compagnie d’électricité), Lila entraîne dans sa quête sa professeure de biologie, une jeune femme compréhensive et solitaire qui la prend sous son aile : et de fausse piste en révélation, toutes deux partiront sur les routes à la recherche de ses origines.

Pour son premier long métrage, l’Argentin Matías Lucchesi choisit la forme du road movie avec duo enfant/adulte : une combinaison bien connue qui a déjà offert quelques titres célèbres, d’Alice dans les villes (Wim Wenders, 1974) à Central do Brasil (Walter Salles, 1998) ou L’Eté de Kikujiro (Takeshi Kitano, 1999). Dans ce genre à part entière, le voyage prend à chaque fois une tournure initiatique : des liens affectifs se créent, et les deux passagers ne sont plus tout à fait les mêmes au bout de l’aventure. Cañada Morrison ne déroge nullement à ce programme et déroule sagement un récit attendu : au fil du trajet, la fillette revêche et la gentille enseignante s’apprivoisent et se rapprochent, et de cette relation naissante, jointe à la résolution d’un mystère trop longtemps enfoui, pourra naître un espoir nouveau.

Eclosion

Guère de surprise à l’horizon donc – malgré l’impressionnant décor offert par les sierras de Cordoba. Pourtant Matías Lucchesi ne s’en tire pas trop mal grâce à une modestie plutôt agréable, qui s’affiche tant dans la durée (1h11 seulement) que dans l’écriture, refusant souvent un excès de dramatisation pour se concentrer sur les personnages et leurs émotions. Le titre original, Ciencias Naturales, reflète bien cette sobriété générale : plus qu’une épopée miniature (Cañada Morrison est la ville où Lila croit pouvoir débusquer son insaisissable géniteur), le film se présente comme un manuel d’apprentissage, où il s’agit de tirer une leçon de chaque épreuve pour mieux appréhender le monde : comment monter à cheval ou conduire une voiture, préparer un repas ou fabriquer des objets. Au début Lila écoute distraitement son cours sur la germination des graines, tandis qu’à la fin elle regarde fixement tourner une girouette : sa boussole familiale partiellement réparée, elle gagne certains repères et sait d’où vient le vent. « Je n’avais encore jamais vu d’atelier de soudure : c’est intéressant » déclare-t-elle en guise de conclusion au terme de son parcours. Bref, l’exercice a été profitable, et si le motif de l’éclosion traverse le film de manière appuyée (du prénom de Lila à l’évocation des premières règles), il pourra servir de point d’appui à la réflexion des plus jeunes spectateurs – puisque les intentions pédagogiques de Cañada Morrison semblent en grande partie le destiner à ce public. Dommage malgré tout que l’âpreté ne soit pas davantage au rendez-vous afin d’apporter plus de relief à l’ensemble.

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